18 mai 2012

Pourquoi la République est-t-elle de retour ?

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L’avions nous trop blessé au point qu’elle nous ait délaissée ? L’avions nous trop froissé au point qu’elle se soit envolée ? Nous voici rassurés, la République tant aimée est aujourd’hui retrouvée !

Beaucoup jugeront ces vers trop marqués. Je ne dis pas ici que nous avions succombé à une quelconque autocratie. Mais emphatique au possible, je persiste et je signe. On n’en fera jamais trop pour réaffirmer que la République est une idée aussi belle que généreuse. On n’en fera jamais trop pour rappeler que la République concède à tous les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Je ne brise aucun tabou. Tout au long du quinquennat qui vient de s’achever, je n’ai jamais cessé de croire et jamais renoncé à défendre ma conception de cette République à laquelle je suis tant attaché. Nombre de mots prononcés, nombre de faits avérés m’ont fait un temps douter que la République de tous, la République pour tous, soit à jamais oubliée. 

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Lors de sa journée d’investiture, le nouveau Chef de l’Etat a ponctué ses discours de références qui m'apparaissent aussi simples qu'essentielles :

Au Palais de l’Elysée il a souligné son devoir de contribuer à faire vivre les français sans distinction autour des mêmes valeurs. Il a insisté sur une lecture non déviée de notre Constitution. Il a martelé la primauté de la jeunesse et en a appelé au nécessaire devoir d’exemplarité dans la conduite des affaires de l'Etat.

Au jardin des Tuileries, un brin décrié, il n’a pas vacillé, il n'a pas renoncé en venant rendre hommage au Jules Ferry initiateur de l’Ecole de la République. L’Ecole laïque, obligatoire et gratuite. L’Ecole de tous les savoirs et lieu de la véritable égalité. Il a mis fin à une incohérence passée qui voulait que l’enseignement d’un maître soit relégué derrière celui d’un prêtre ou d’un pasteur, en réaffirmant que « si le savoir n'est pas le monopole du maître, celui-ci garde la responsabilité d'en ordonner le sens ».

Sur ce même élan un jour sans doute, nous serons amenés à rendre un hommage identique à Jean Zay qui en sa qualité de Ministre de l'Education Nationale, entendait utiliser l'Ecole comme base d'expression du civisme et de toutes les intelligences citoyennes.

Ne faisons pas de procès en mauvais républicanisme. Liberté est donnée à chacun d'en interpréter le sens souhaité. Il convient toutefois de revenir aux fondamentaux, à nos fondamentaux, véritables ferments de notre identité nationale et de replacer les curseurs au bon endroit. La République française n'est pas n'importe quelle forme de République. Elle est une, indivisible, laïque et humaniste.

La République n’était pas partie fâchée. Elle s’était juste éclipsée quelques temps. Ce temps est révolu, la République authentique est de retour !

A la manière de Victor Hugo : « la République affirme le droit et impose le devoir ».

 

17 mai 2012

Pourquoi l'Homophobie en France en 2012 ?

17 MAI 2012

JOURNEE MONDIALE

DE LUTTE CONTRE L’HOMOPHOBIE

 

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Une homophobie et une transphobie ancrées dans les rapports sociaux

A l'occasion de la Journée Internationale contre l'homophobie et la transphobie et pour la seizième année consécutive, SOS homophobie publie son Rapport sur l'homophobie. Basé sur les centaines de témoignages que l'association reçoit chaque année sur sa ligne d'écoute, son site internet ou lors d’événements, il constitue aujourd'hui la seule publication permettant de suivre, année après année, l'évolution de l'homophobie et de la transphobie sur le territoire français. Ce travail permet également de suivre, année après année l’évolution des discriminations, violences et préjugés à l’encontre des lesbiennes. Ainsi, l’édition 2012 atteste d’un triste record : plus de 1500 témoignages nous sont parvenus au cours de l’année 2011.

Si Internet reste le premier bastion de l’homophobie et de la transphobie, le second est peut-être, finalement, encore plus impressionnant : plus de 38% de personnes nous ayant contacté sont victimes dans leur vie quotidienne, que ce soit dans leur famille, dans leur entourage, dans leur voisinage ou encore au travail. Cette homophobie et cette transphobie du quotidien que certain-e-s seraient presque tenté-e-s de qualifier « d’ordinaires » sont pourtant les plus difficiles à vivre. Les victimes connaissent leurs agresseur-se-s, les côtoient chaque jour, et c’est parfois inlassablement que ces actes homophobes et transphobes se répètent tous les jours. Les répercussions de cette homophobie et de cette transphobie du quotidien sont préoccupantes en ce qu’elles sont les premières à engendrer un mal de vivre profond chez les victimes.

Les agressions physiques augmentent encore et toujours : les témoignages sont en hausse de 22% et il faut remonter à 2005 pour en relever autant. Si 47% des agressions physiques globales sont commises dans des lieux publics, il faut noter l’exceptionnelle sur-représentativité des lesbiennes dans cette triste catégorie. En effet, 70% des agressions physiques lesbophobes se sont produites dans les lieux publics. Les lesbiennes paient ainsi bien lourdement le prix de leur visibilité dans l’espace public.

Par ailleurs, 28% des personnes transexuelles qui nous contactent font état d’agressions physiques commises à leur encontre, agressions qui revêtent bien souvent une violence extraordinaire. Face à ce constat et ce déchainement de violences, il apparait plus qu’urgent d’inclure l’identité de genre parmi les critères légaux de discrimination et d’aggravation des peines. Cette absence apparait, sans nul doute, comme une violence supplémentaire.

Quelques jours après l’élection d’un nouveau Président de la République qui s’est engagé à réaliser l’égalité des droits, le seizième Rapport Annuel sur l’homophobie rappelle que la lutte contre la lesbophobie, la gayphobie, la biphobie et la transphobie nécessite plus qu’une nouvelle législation : il est indispensable de mener des actions de prévention, d’information, de sensibilisation à destination du grand public dans son intégralité (élèves, étudiant-e-s, enseignant-e-s, professionnel-le-s du secteur privé, du secteur public, etc). Il est en effet urgent que le quotidien de ces trop nombreuses victimes puisse enfin s’améliorer et gagner en sérénité, afin qu’elles puissent vivre librement leur orientation sexuelle et leur identité de genre comme n’importe quel-le citoyen-ne.

Téléchargez gratuitement le rapport annuel sur l’homophobie 2012 en cliquant ici.

Visitez le site de SOS homophobie

Visitez le site international de lutte contre l’homophobie

16 mai 2012

Pourquoi l'élégance des rois fainéants ?

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François Hollande n’aura bénéficié d’aucun état de grâce. Pas même le jour de son investiture officielle ! En ce jour si particulier, nous étions en droit d’attendre un consensus général et un moment rare de concorde nationale. Nous en serons pour nos frais.

Le nouveau Chef de l’Etat est accusé d’avoir manqué d’élégance envers son prédécesseur Nicolas Sarkozy. Manque d’élégance dans ses gestes pour ne pas avoir attendu que sa voiture quitte le Palais de l’Elysée. Manque d’élégance dans ses paroles en se contentant de lui souhaiter le meilleur pour sa future vie sans faire référence à son travail quinquennal.

J’avoue me délecter de ces complaintes émises par cette sommité de pleureuses grecques qui retrouvent le sens véritable du mot élégance.

Un nouveau président se doit de rendre hommage au travail de ses prédécesseurs. François Hollande n’a pas fait exception dans son discours d’investiture en soulignant certaines points qui ont pu nous faire défaut pendant cinq ans :

« La première condition de la confiance retrouvée, c'est l'unité de la Nation. Nos différences ne doivent pas devenir des divisions. Nos diversités des discordes. Le pays a besoin d'apaisement, de réconciliation, de rassemblement. C'est le rôle du président de la République d'y contribuer. Faire vivre ensemble tous les Français sans distinction, autour des mêmes valeurs, celles de la République. Tel est mon impérieux devoir. Quel que soit notre âge, quelles que soient nos convictions, où que nous vivions –en métropole ou dans les Outre mers- dans nos villes comme dans nos quartiers et nos territoires ruraux, nous sommes la France. Une France non pas dressée contre une autre, mais une France réunie dans une même communauté de destin ».

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En son temps, Nicolas Sarkozy avait parlé de mettre un terme définitif au règne des « rois fainéants comme on en a connu ». A chacun son histoire…

Le dithyrambique Député-maire du Raincy, Eric Raoult, qui exprimait sa nostalgie en détournant le titre d’une chanson de Johnny Hallyday et en proclamant qu’à l’UMP : « Nous avons tous quelque chose de Sarkozy ! ».

Visiblement hier, le président Hollande en a décidé autrement. Tout comme le Peuple français le 6 mai dernier.

A la manière de Coluche : « Sois fainéant, tu vivras content » !

15 mai 2012

François Hollande entre à l'Elysée

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Programme de la cérémonie d’investiture du président François Hollande :

- 10h. Arrivée de François Hollande au Palais de l'Elysée, où il sera accueilli dans la cour d'honneur par Nicolas Sarkozy pour la cérémonie de passation des pouvoirs. Un entretien entre les deux hommes aura lieu à l'intérieur du palais, à l'occasion duquel le chef de l'Etat sortant fera le tour des dossiers en cours et transmettra à son successeur les codes nucléaires.

- 10h45. Après la proclamation des résultats officiels et la réception du collier de grand maître de l'ordre de la Légion d'honneur, François Hollande prononcera son discours d'investiture, qui sera ponctué des 21 coups de canon tirés devant l'Hôtel des Invalides. Il saluera ensuite les invités à la cérémonie.

- 11h15. A bord d'une Citroën DS5 décapotable, le nouveau Président de la république remontera les Champs-Elysées et rendra hommage au Soldat inconnu sous l'Arc de Triomphe. 

- Vers 12h. A la mi-journée, François Hollande a convié les anciens Premiers ministres socialistes à déjeuner.

- Vers 14h. En début d'après-midi, François Hollande a choisi de faire deux visites symboliques. Au jardin des Tuileries d'abord, devant la statue de Jules Ferry, entré dans l'histoire de France pour sa promotion de l'école de la République, gratuite, laïque et obligatoire. Puis à l'Institut Curie, en l'honneur de Marie Curie, la physicienne et chimiste française d'origine polonaise, double prix Nobel. Une "façon de respecter l'intelligence qui vient de l'étranger et de réaffirmer la promesse républicaine d’intégration des personnes d’origine étrangère".

- 15h. Comme le veut la tradition, le Président de la république élu sera ensuite reçu à l'Hôtel de Ville de Paris pour ce qui s'apparente à une "visite d'Etat", retransmise sur écran géant sur le parvis du bâtiment. Il sera accueilli par Bertrand Delanoë, pour un bref entretien dans son bureau, au terme duquel il le conduira Salon Bertrand, où l'exécutif municipal l'attendra. Le chef de l'Etat signera alors un "parchemin" attestant sa visite. Direction ensuite la Salle des Fêtes de l'Hôtel de Ville, en présence de nombreux invités. Le maire de Paris prononcera un discours, François Hollande lui répondra.

- 16h. Fin des symboles. François Hollande s'envolera pour Berlin, où l'attendra Angela Merkel, pour une réunion de travail, suivie d'une conférence de presse et d'un dîner officiel à la Chancellerie. Le nom du Premier ministre sera communiqué à la presse après la cérémonie de l'Hôtel de Ville. La composition du gouvernement doit être arrêtée pour mercredi en fin de journée.

14 mai 2012

Pourquoi renoncer à la politique du tout carcéral ?

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Les réponses de Nicolas Sarkozy et François Hollande à l’interpellation de l’Observatoire International des Prisons du 27 avril, à l’occasion de la publication du rapport de visite du Comité européen de prévention de la torture sont en ligne !

Elles témoignent de deux orientations opposées pour répondre à un constat commun : celui de l'engorgement des prisons et de l'indignité des conditions de détention. L'UMP confirme son option d'une extension sans précédent du parc carcéral, avec une « diversification des types d'établissements pénitentiaires selon le degré de dangerosité des détenus ». Le PS déplore que la seule réponse apportée à la délinquance par le précédant gouvernement résulte de « la construction de nouvelles prisons ». Dénonçant clairement « la fuite en avant vers le tout carcéral », François Hollande promeut le recours aux « peines alternatives à la prison » et aux sorties « avec encadrement », s'appuyant sur les études démontrant leur plus grande efficacité à prévenir la récidive. Soulignant que les parlementaires socialistes se sont opposés au projet de loi relatif à l'exécution des peines (adopté le 29 février 2012), il laisse entendre qu'il sera revenu sur la construction de 24000 nouvelles places de prisons.

« Retrouver des lieux d’enfermement dignes de notre pays »

Sur les conditions de détention, François Hollande « n'accepte pas de voir l'Etat sans cesse condamné en raison des conditions de détention » et estime nécessaire de « retrouver des lieux d'enfermement dignes de notre pays ». Pour Nicolas Sarkozy, c'est encore une fois l'accroissement du parc carcéral qui doit permettre de « faire face à l'augmentation du nombre de détenus tout en améliorant leurs conditions de détention ». François Hollande laisse entendre à l'inverse que les travaux immobiliers ne consisteront qu'à « rénover les établissements qui le nécessitent ». Il estime également nécessaire de « privilégier les établissements à taille humaine », ceux de « grande taille » générant tensions et violences et ne répondant pas au final « à leur objectif de réinsertion et de prévention de la récidive ». Sur les droits des détenus, François Hollande dit avoir « conscience des nombreux progrès [qui] restent à faire », notamment en ce qui concerne l'offre de travail en détention. Nicolas Sarkozy avance pour sa part « l'étape décisive » de l'adoption de la loi pénitentiaire de novembre 2009 et se félicite de la création en octobre 2007 du Contrôle général des lieux de privation de liberté, dont il estime avoir entendu les avis et recommandations.

Il s’agit désormais pour le prochain gouvernement de traduire les orientations qui se dégagent de la réponse de François Hollande en mesures concrètes, pas encore été réellement déclinées par le candidat. L'OIP invite la majorité présidentielle à s'engager sur quelques mesures phares :

- Revenir sur une politique du « tout carcéral », économiquement et humainement coûteuse, en sus d'être contre-productive à prévenir la récidive : des dispositions telles que les peines plancher, la limitation des possibilités de prononcer un sursis simple ou un sursis avec mise à l'épreuve, la limitation de l'accès aux aménagements de peine sur la base du critère de la récidive... devraient être rapidement abrogées. Afin de n'utiliser l'emprisonnement qu'en dernier recours comme le prévoit déjà la loi, une véritable politique pénale cohérente de type « réductionniste » devrait être élaborée : limitation des possibilités de détention provisoire, création d'une « peine de probation » sans sursis devenant la peine de référence en matière de délits, instauration du principe d'une libération conditionnelle aux deux-tiers de la peine comme modalité systématique d'exécution des fins de peine…

- L'OIP appelle également à court terme à un moratoire sur la construction de nouvelles places de prison, notamment à travers l'abrogation de la loi du 27 mars 2012 relative à l'exécution des peines. S'agissant des constructions déjà en cours, il est suggéré de transformer en profondeur leur cahier des charges, notamment en limitant la capacité d'accueil à 200 places, en imposant le respect immédiat de l'encellulement individuel, en accroissant la taille des espaces dévolus aux activités, et en mettant fin aux régimes de détention différenciés source d'arbitraire et générateurs de violence.

- Investir dans les alternatives à la prison : le transfert des moyens économisés sur la construction de nouvelles places doit être opéré en faveur du milieu ouvert, afin d'assurer une exécution rapide et un suivi adapté des personnes condamnées à une peine alternative (sursis avec mise à l’épreuve, travail d’intérêt général...) ou bénéficiant d'un aménagement de peine (libération conditionnelle, placement extérieur...). L'accroissement du nombre de postes conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation et de juges de l'application des peines doit en ce sens être considéré comme une priorité. Afin d'améliorer le contenu du suivi et son efficacité à prévenir la récidive, l'enseignement des résultats de la recherche internationale à l'Ecole nationale de l’administration pénitentiaire et l’Ecole nationale de la magistrature apparaît indispensable. Une expérimentation des méthodes d'accompagnement et programmes dont l'efficacité a déjà été éprouvée dans d'autres pays doit être engagée en coopération avec les chercheurs les ayant conçus (entretien motivationnel, programme SSP, Good lives model...). Le développement exponentiel de la surveillance électronique devrait également être revisité, au bénéfice de la libération conditionnelle, mesure mieux à même de prévenir la récidive et comportant un réel suivi, le bracelet électronique ne devenant qu'une obligation possible d'une mesure de probation et non une mesure en tant que telle.

- Repenser la prison : pour les personnes maintenues en détention, une réflexion en profondeur doit être engagée autour de l'exigence de respect des droits de l'homme ainsi que de l'idée d'un « temps utile » dans une perspective éducative de réinsertion et de prévention de la récidive. Il s'agira notamment de consacrer la règle pénitentiaire européenne n°5 selon laquelle la « vie en prison [doit être] alignée aussi étroitement que possible sur les aspects positifs de la vie à l'extérieur en prison ». Ce qui implique de mettre un terme à une conception de l'emprisonnement basée sur la coercition et l'exception juridique au profit d'une conception axée sur la responsabilisation et la normalisation (contrat de travail, application du droit commun, droit au recours effectif, etc.). A cette fin, il conviendra notamment de remplacer la conception de « sécurité interne passive » basée sur une approche défensive (répression des formes d'expression collective, limitation des mouvements en détention, limitation des contacts entre détenus et personnels de surveillance, limitation des contacts avec l'extérieur, etc.) par celle de « sécurité dynamique » axée sur la prévention, des espaces d'expression pour les détenus, une journée de détention hors des cellules consacrée à des activités motivantes et adaptées aux situations et problématiques des personnes détenues, la généralisation effective des unités de vie familiales et de l'accès au téléphone...

Dans l'immédiat, il doit être mis un terme aux pratiques les plus attentatoires à la dignité humaine telles que la fouille à nu, l'allumage de la lumière des cellules toutes les heures durant la nuit lorsque les détenus sont particulièrement signalés, l'utilisation de menottes et entraves lors des consultations à l'hôpital, le placement au quartier disciplinaire jusqu'à 30 jours...

Texte de l’Observatoire International des Prisons mis en ligne le vendredi 11 mai 2012

11 mai 2012

Pourquoi tout est une histoire de symboles ?

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L’Histoire se nourrit de symboles. A travers eux, c’est l’assurance de la perpétualité des usages, des traditions et de la mémoire collective.

Ainsi, nous aurons entendu un discours de Nicolas Sarkozy emprunt de sincérité et d’une profonde solennité. Nous regretterons que celui-ci soit son dernier discours, celui dans lequel il remercie les français de leur confiance passée et où il reconnait sa défaite.

Ainsi, nous aurons vu et vécu l’appropriation de la place de la Bastille par un Peuple soulagé, heureux et fier d’avoir rendu l’alternance possible, d’avoir participé à porter François Hollande à la présidence de la République.

Ainsi, nous aurons entendu des « perdants » dignes pour la plupart, mais immanquablement obligés de souligner l’absence de drapeaux français sur cette prise de la Bastille revisitée. Nous nous sentons obligés de leur répondre en écho que ce n’est pas l’étendard, ni le nombre, qui font des uns des meilleurs français ou patriotes que les autres.

Ainsi, nous aurons assisté avec une certaine émotion, à une cérémonie du 8 mai qui place côte à côte deux présidents devant la tombe du soldat inconnu, unissant ainsi tous les français dans un seul et même devoir de mémoire.

Ainsi, nous aurons vu le 10 mai un président pas encore investi, célébrer la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, dans les jardins d’un Sénat qui a longtemps accueilli Victor Schœlcher, celui qui n’abandonna jamais l’idée que tous les hommes ont le droit d’être respectés dans leur dignité, quelque soit leur couleur de peau ou leur condition sociale.

Ainsi, nous garderons longtemps en mémoire cette galerie mythique, cette galerie de symboles perpétuels qui forgent l’idée d’une identité nationale appréciée, enfin retrouvée.

A la manière de Jean-Marie Adiaffi : « Un peuple qui ne sait plus interpréter ses propres signes, ses propres mythes, ses propres symboles, devient étranger à lui-même, perd foi en son destin. »

09 mai 2012

Pourquoi la première fois où j'ai vu pleurer mon père ?

 

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Il y a des moments de vie que personne n'oublie. De fugaces instants de bonheur ou de malheur. Des scènes qui reviennent hanter votre mémoire comme par un effet de boomerang. Des dates improbables venues troubler votre vie.

Comme beaucoup, je me souviens avec précision, de l'endroit et des circonstances de mon premier baiser, de mon premier amour, lorsque j'ai eu mon bac, lors de la mort de la Princesse Diana, lorsque j'ai dit adieu à des proches ou que Jean-Marie Le Pen accède au deuxième tour de la présidentielle maudite de 2002.

Si comme pour conjurer le sort, j'essaye de chasser les souvenirs les plus douloureux pour me consacrer aux plus heureux, une date reste étrangement gravée dans ma mémoire. C'était au soir du dimanche 7 mai 1995, le jour où pour la première fois j'ai vu pleurer mon père.

Cette date, à nulle autre pareille, n'échappera pas aux passionnés et aux autres inconditionnels de notre vie politique. Ce jour là à 20H précises, Jacques Chirac est devenu le 22ème président de la République et le 5ème de la Vème République.

Par quel étrange concours de circonstance un tel événement, somme toute purement démocratique et aussi anodin, aurais-t-il pu venir ébranler la solidité émotionnelle d'un homme rompu au combat idéologique et à l'éternelle lutte des classes ?

Justement, l'élection de Jacques Chirac sonnait comme un échec de ce même combat et de cette même lutte, l'échec d'une période vécue et brisée, l'échec d'un Peuple qui avait porté 14 ans auparavant un François Mitterrand au pouvoir et demeurant à ce jour, le seul président de la République de gauche de cette Vème République.

Je me souviens de cet instant tragique où, dans la salle à manger familiale du 2 allée des cerisiers, nous avions tous le regard tourné vers cette télévision où s'est affiché le visage du grand Jacques. Je me souviens alors de mon père, assis dans le canapé, retomber lourdement sur lui-même en baissant la tête de celui qui est vaincu par K-O.

Je me souviens l'avoir vu se relever lentement et se diriger vers la cuisine voisine pour venir observer par la fenêtre le temps béni qui venait de s'achever. Sans me soucier du drame personnel qui se jouait à côté, je décide d'y rejoindre mon père pour relever ses premières réactions.

Je m'approche de lui d'un pas discret et, me sentant approcher, observe sa main tentant vainement de camoufler les larmes qui alourdissaient sa joue. Tellement surpris puis inquiet, je lui demande simplement : « Mais papa, pourquoi tu pleures ? ». Mon père se sachant démasqué me lâche un laconique : « Tu sais mon fils, on (les ouvriers) a mis plus de 20 ans à les foutre à la porte (la droite) et maintenant, ils reviennent au galop ! ».

Certains souriront à l'évocation de ce souvenir. Pourtant, lorsque ce dimanche 6 mai 2012 à 20H, le visage de François Hollande s'est imposé sur tous les écrans de télévision nous apprenant qu'il venait d'être élu à la présidence de la République, ce moment du passé, cet instant de pudeur partagée avec mon père il y a quelques années, m'est revenu en tête. Non, je n'ai jamais oublié la première fois où j'ai vu pleurer mon père !

17 ans ont passé et les temps ont bien changé. La présidence de Nicolas Sarkozy s'achève sur un tel constat d'amertume, qu'elle nous a fait regretter celle de Jacques Chirac devenu notre regretté Cheguevara !

C'est vrai que pour toi papa, cette gauche qui redécouvre l'ivresse d'une victoire si longtemps attendue, ce n'est pas vraiment la gauche de tes espérances passées. Mais papa, cette gauche là, aussi imparfaite soit-elle, ce n'est pas la droite !

 

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De la même manière que je n'ai jamais oublié le 7 mai 1995, je n'oublierais pas ce 6 mai 2012 où je sais qu'à quelques 550 km de distance, au même moment où je me suis laissé envahir par la joie, mon père a sans doute laisser parler la sienne. Cette fois-ci, 17 ans après, les larmes que nous avons versé sont celles d'un bonheur retrouvé.

A la manière de George Meredith : « La lutte donne au triomphe la saveur de la passion, et la victoire embellit la conquête ».