02 avril 2009

Pourquoi le rapport sur le suicide en prison a-t-il été modifié par le Ministère de la Justice ?

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Le président de la commission sur la prévention du suicide en milieu carcéral, le Dr Louis Albrand, n'ira pas remettre son rapport à la Chancellerie ce jeudi 2 avril comme prévu, estimant que le texte a été "modifié".

"Je n'irai pas à la chancellerie", a déclaré jeudi le Dr Albrand sur France-Info, expliquant ne pas se reconnaître dans le rapport final. "Ce rapport est modifié. Ce n'est pas le rapport princeps de la commission Albrand". Ce rapport de 155 pages et contenant 20 recommandation avait été commandé en novembre 2008 par Rachida Dati et devait être remis jeudi à 13h00 au directeur de cabinet de la ministre de la Justice.

"L'heure est à l'action dans les prisons et aucune des recommandations de mon pré-rapport n'ont été mises oeuvre après trois mois", a-t-il regretté. "Il faut que les politiques s'engagent!". "J'aurais souhaité aller plus loin. Certaines préconisations comme la durée du mitard ne se retrouvent pas dans le rapport. Tout cela reste flou. Non, je ne retrouve pas exactement le rapport que ma commission avait préconisé", a-t-il répété.

Interrogé par l'AFP, un des membres de la commission a déploré "l'interventionnisme" de l'Administration pénitentiaire (AP) dans la rédaction finale du rapport.

Parmi les vingt propositions, le rapport recommande "d'accentuer la formation des personnels", notamment en matière "d'évaluation du potentiel suicidaire" des détenus, à travers la généralisation d'une "grille d'évaluation du potentiel suicidaire". Il conseille également de "favoriser les échanges d'information avec les familles et proches".

Réagissant à ces déclarations, l'Observatoire international des prisons (OIP) a réclamé "la constitution d'une commission d'enquête indépendante placée sous l'égide du contrôleur général des lieux de privation de liberté".

Selon l'OIP, 38 suicides ont été dénombrés depuis le 1er janvier 2009 dans les prisons françaises, dont huit survenus au quartier disciplinaire, soit une proportion de 21%. Sur la base d'une équirépartition, ce chiffre correspondrait à un nombre annuel d'environ 151 suicides en 2009, qui signifierait une hausse de 31% par rapport à l'année précédente, affirme l'organisation, qui rappelle que 2008 s'était terminée avec une augmentation de 20% des suicides (115) par rapport à 2007 (96).

A lire sur le site du Nouvel Obs

 

La sortie médiatique du Dr. Albrand est une pierre jetée dans le jardin du Gouvernement qui, malgré toutes les déclarations de bonnes intentions, ne semble pas prendre la juste mesure des conditions de détention dans notre pays.

Les sévères remontrances du Conseil de l’Europe et de l’Union Européenne sur la situation des prisons françaises n’ont visiblement pas assez porté leurs fruits pour que le Gouvernement décide de suivre à la lettre les recommandations qu’il a pourtant lui-même demandé l’analyse.

A lire les propos du Dr. Albrand et de différents membres de cette commission, le rapport présenté a été volontairement censuré par le Ministère de la Justice et l’Administration Pénitentiaire.

C’est une mauvaise nouvelle pour les détenus, les associations et les professionnels confrontés à la réalité de la vie carcérale.

Depuis le 1er janvier 2009 : 39 suicides (ou morts suspectes) ont été recensés dans les prisons françaises.

Régis Sada

14:46 Publié dans Changer la prison en France ? | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : france, prison, justice, suicide, rachida dati, ps, ump, politique | |  Facebook

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