11 décembre 2009

Pourquoi la France n'a pas de leçon à donner à la Suisse ?

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Les suites du référendum suisse sur les minarets et l'intervention du Président de la République sur le sujet,  n'arrêtent pas de délier les langues -parfois les plus mauvaises- et de faire couler beaucoup d'encre.

Dans son édition du 11 décembre 2009, le journal Le Monde publie une tribune d'un de ses journalistes Luc Bronner au titre évocateur de « Pourquoi la France n'a pas de leçon à donner à la Suisse », où en quelques phrases très ciblées le fond du problème est abordé avec notamment le regard que les français peuvent porter à ce qui est différent.

Un article à lire et à méditer, qui ne manquera pas de faire débat tant il montre le visage d'une France qui a la fâcheuse tendance de chercher les responsabilités des maux qu'elle a parfois elle-même initié. Revue de détail :

« Mais comment ne pas voir que la société française participe tous les jours à un référendum contre les "jeunes à capuche" ? Non pas avec des bulletins glissés dans les urnes. Mais un vote avec nos pieds, dans nos choix d'employeurs, d'élus, de parents, de voisins. Car cette catégorie sociale cristallise, à tort ou à raison, une triple angoisse dans notre société vieillissante : la jeunesse, l'immigration et l'islam. Une génération à laquelle on prête toutes les menaces, parfois contradictoires : du "repli communautaire" au communautarisme conquérant, de l'intégrisme religieux à la boulimie de consommation, de l'absence d'identité au trop-plein identitaire.

Sans se l'avouer, nous avons basculé dans une société de la peur et du rejet vis-à-vis d'une jeunesse perçue comme une nouvelle "classe dangereuse". Nous, collectivement, sans passer par un vote comme les Suisses, mais par nos pratiques, nos attitudes sociales. Un chiffre témoigne de la gravité de cette coupure : dans les zones urbaines sensibles (ZUS), 41,7 % des hommes de 15 à 24 ans sont au chômage, soit le double de la moyenne nationale pour les garçons du même âge, déjà très élevée par rapport au reste de l'Europe.

Un tel niveau de discriminations traduit un choix collectif, pas simplement une accumulation d'accidents ou de dérives individuelles. Nous ne sommes pas dans le "fait divers" de la discrimination mais bien dans un phénomène de société : même s'il existe des exceptions, même si des grandes écoles et des entreprises jouent le jeu de la diversité, les jeunes de banlieue, en particulier les hommes, peinent toujours autant à trouver leur place.

La faute aux employeurs, coupables de discriminations ? Sans doute. La faute aux jeunes eux-mêmes, "inemployables", trop éloignés des codes de l'entreprise, insuffisamment formés, parfois mal insérés ? Certainement. Mais on voit bien que ce niveau d'explication est insuffisant. Remontons d'une case dans le Meccano social. Les jeunes des ZUS, surtout les garçons, sont deux fois plus nombreux que les autres à n'avoir aucun diplôme à la fin de leur scolarité. Quand ils obtiennent des qualifications, elles sont systématiquement moins élevées que leurs concurrents du même âge sur le marché de l'emploi. »

« ... »

« Le métissage, oui ; mais pas pour ses enfants, que l'on s'empresse de scolariser ailleurs ou dans le privé pour les protéger des menaces supposées de la mixité sociale. Une "sécession sans guerre", selon l'expression du chercheur, qui amène à concentrer dans les quartiers les élèves en difficulté, lesquels échouent ensuite en plus grand nombre et finissent par rejoindre les bancs de Pôle emploi. »

« ... »

« "Le métissage, c'est la volonté de vivre ensemble. Le communautarisme, c'est le choix de vivre séparément", écrit justement Nicolas Sarkozy dans sa tribune publiée dans Le Monde (daté 9 décembre). Mais qui, dans la France actuelle, choisit de vivre séparément ? Pas tant les habitants des quartiers, assignés à résidence, empêtrés dans la pauvreté au point que la moitié des mineurs vit sous le seuil de pauvreté. "La logique du ghetto arrange tout le monde", résume Claude Dilain, maire de Clichy-sous-Bois. Surtout les classes moyennes et supérieures, en réalité. »

 

17:42 Publié dans Elever la République ? | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : politique, france, suisse, minarets, islam, referendum, ump, ps, modem | |  Facebook

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