24 février 2010

Pourquoi le suicide en prison retrouve l'intérêt des medias ?

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Le suicide de Jean-Pierre Treiber ce samedi dans le quartier d'isolement de Fleury-Merogis a retenu l'attention des medias bien plus pour le statut particulier de ce détenu (assassin présumé de Géraldine Giraud et de sa compagne), que pour la sentence qu'il s'est infligé lui-même.

Selon le triste comptage réalisé par Ban Public, cette mort (par pendaison) porte à 21 le nombre de suicides dans les prisons françaises depuis le début de l'année 2010.

Du fait de son évasion spectacle à l'automne dernier, Jean-Pierre Treiber portait l'étiquette de DPS (Détenu Particulièrement Signalé) et donc placé sous surveillance accrue au sein du quartier d'isolement. La polémique concernant sa mort porte essentiellement sur le fait que Jean-Pierre Treiber n'était pas soumis à l'équipement réservé aux détenus potentiellement dangereux pour eux-mêmes.

Cet équipement dit « kit anti-suicide » se présente de la sorte : un matelas ininflammable, un pyjama à usage unique en papier et des draps indéchirables. Cette description omet de préciser que ces détenus n'ont pas le droit de porter de sous-vêtements, que le pyjama papier ne dispose d'aucun élastique et que, comme les draps, ne supportent aucun écoulement.

Les quartiers d'isolement accueillent les détenus placés sous statut DPS et ceux qui soumis à la punition suite à une mauvaise conduite au sein de l'établissement pénitentiaire.

Quelques points importants passés sous silence : les détenus DPS jugés trop dangereux pour eux-mêmes ou le personnel pénitentiaire, lorsqu'ils sont jugés trop agités, sont régulièrement calmés au moyen de traitements médicaux (euphytose ou antidépressifs) et entravés durant les nuits. Les entraves (bracelets de cuir + chaînes) sont placées aux mains et aux pieds des détenus.  

Cette polémique ne répond pas aux enjeux essentiels 

  • Un détenu qui souhaite mettre fin à ses jours trouvera toujours un moyen d'y parvenir. Ce rapport d'octobre 2000 signé par le Dr. Sophie Baron-Laforet confirme qu'en 10 ans la situation est restée au point mort.     
  • Plus de 60% des détenus qui mettent fin à leurs jours sont en attente de jugement.
  • Le personnel pénitentiaire est-il suffisamment formé pour gérer des caractères instables, en plus d'assumer une population carcérale de plus en plus nombreuse et de plus en plus violente ?
  • Quelles missions pour la prison d'aujourd'hui ?

Le suicide d'un jeune de 16 ans jugé fragile et incarcéré en EPM (Etablissement Pénitentiaire pour Mineurs) ce mardi 23 février, ainsi que celui d'un jeune détenu de 24 ans à Rennes le même jour, doivent amener l'Administration Pénitentiaire et le Ministère de la Justice à se poser l'ensemble des questions évoquées ci-dessus.

Mêmes les sujets les moins sexy ou les moins pourvoyeurs de voix doivent trouver des solutions. Cela impose de leur donner une résonnance minimum au sein du débât public. Cela impose forcément une volonté coordonnée de l'exécutif et du législatif. Cela impose obligatoirement des engagements fermes et du courage politique.    

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