26 février 2010

Pourquoi l’impossible photographie des prisons parisiennes ?

Une fois n'est pas coutume, les prisons s'ouvrent aux grand public à travers une exposition regroupant quelques 3.800 clichés pris au sein des prisons parisiennes entre 1851 et 2010.

Un regard porté sur les conditions de détention d'hier à aujourd'hui. On ne doute pas que les clichés réalisés ces dernières années ne reflète pas l'exacte réalité de la situation des conditions de détention actuelles.

Toutefois cette exposition lève une partie du voile et permet aux « regardants » de s'immiscer dans l'univers carcéral.

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L'impossible photographie, du 10 février au 4 juillet 2010 au Musée Carnavalet  

L'exposition photographique proposée par le musée Carnavalet sur les prisons parisiennes du milieu du XIXe siècle jusqu'à nos jours est l'occasion d'un « arrêt sur images » opportun. D'abord, parce que la capitale a vu apparaitre puis disparaitre pas moins d'une vingtaine de « bastilles » sur son territoire, depuis l'époque de l'invention de la chambre obscure par Niepce.

Il est bon de ne pas l'ignorer et d'en garder mémoire. Ensuite, parce que sa conceptrice, Catherine Tambrun, dit s'être intéressée au-delà de la prison « aux représentations de la prison », ce qui l'a conduite à s'inscrire dans une démarche qu'elle qualifie de « polyphonique ». Autrement dit, loin d'organiser un simple parcours thématique à base de photos légendées - au risque pour le visiteur d'en rester aux clichés d'une certaine imagerie carcérale - elle a voulu donner une place à la vidéo, et plus encore aux mots.

C'est ainsi qu'elle a invité l'anthropologue Philippe Artières, l'historien Christian Carlier, le sociologue Gilles Chantraine, et bien d'autres, à poser leur regard sur le corpus qu'elle avait rassemblé. Avec la ferme volonté de faire parler ces calotypes, phototypes et autres supports photographiques apparus au rythme des découvertes techniques. Et nous donner accès à l'essentiel, à tout ce que ces captations d'images nous disent de la condition pénitentiaire au fil des 150 dernières années. Et elles en disent long.

Sur l'hybridation permanente de ces forteresses dédiées à une peine - l'enfermement - qui n'en finit pas de chercher son sens. Et, à défaut de l'avoir trouvé, sur l'extraordinaire capacité de l'homme à se perdre dans la punition des corps, ou à s'égarer dans le redressement des comportements et le relèvement des âmes.

À cet égard, l'initiative de Carnavalet ne nous enseigne pas seulement que la prison, comme l'enfer, peut se paver des meilleures intentions, elle nous avertit aussi de la perpétuelle démesure des moyens de contrainte mis en œuvre, du raffinement infini des méthodes de coercition employées, et de la nature profonde des souffrances infligées. Prisons d'autres temps et d'autres mœurs ? À vous de juger !

Sébastien Daniel sur le site de l'O.I.P.

 

Ouvert tous les jours de 10h à 18h, sauf les lundis, jours fériés et dimanches de Pâques et de Pentecôte. Du 10 février au 4 juillet 2010. Fermeture des caisses à 17h30.

Musée Carnavalet 23 rue de Sévigné, 3e. Tél : 01 44 59 58 58, www.carnavalet.paris.fr

Accès - Métro : Saint-Paul, Chemin vert. Bus : 29, 69, 76, 96 - Vélib': 36 rue de Sévigné ; terre-plein Saint-Paul ; 26, rue Saint-Gilles.

Tarif : 7/ 5/ 3,50 € - Gratuit jusqu'à 13 ans inclus et pour les Amis du musée Carnavalet - Groupes : Renseignements et réservation obligatoire au 01 44 59 58 31/32, du lundi au vendredi, de 9h à 17h, sans interruption.

Visites - conférences d'une durée d'1h30 tous les jeudis et samedis à 15h30, du 11 mars au 26 juin 2010 (sans réservation).

Plein-tarif : 4,50 € ; tarif réduit : 3,80 € + droit d'entrée dans l'exposition. Renseignements au 01 44 59 58 31/32.

Catalogue : L'impossible photographie, prisons parisiennes, Éditions Paris-Musées, 39 € (en vente au musée)

24 février 2010

Pourquoi le suicide en prison retrouve l'intérêt des medias ?

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Le suicide de Jean-Pierre Treiber ce samedi dans le quartier d'isolement de Fleury-Merogis a retenu l'attention des medias bien plus pour le statut particulier de ce détenu (assassin présumé de Géraldine Giraud et de sa compagne), que pour la sentence qu'il s'est infligé lui-même.

Selon le triste comptage réalisé par Ban Public, cette mort (par pendaison) porte à 21 le nombre de suicides dans les prisons françaises depuis le début de l'année 2010.

Du fait de son évasion spectacle à l'automne dernier, Jean-Pierre Treiber portait l'étiquette de DPS (Détenu Particulièrement Signalé) et donc placé sous surveillance accrue au sein du quartier d'isolement. La polémique concernant sa mort porte essentiellement sur le fait que Jean-Pierre Treiber n'était pas soumis à l'équipement réservé aux détenus potentiellement dangereux pour eux-mêmes.

Cet équipement dit « kit anti-suicide » se présente de la sorte : un matelas ininflammable, un pyjama à usage unique en papier et des draps indéchirables. Cette description omet de préciser que ces détenus n'ont pas le droit de porter de sous-vêtements, que le pyjama papier ne dispose d'aucun élastique et que, comme les draps, ne supportent aucun écoulement.

Les quartiers d'isolement accueillent les détenus placés sous statut DPS et ceux qui soumis à la punition suite à une mauvaise conduite au sein de l'établissement pénitentiaire.

Quelques points importants passés sous silence : les détenus DPS jugés trop dangereux pour eux-mêmes ou le personnel pénitentiaire, lorsqu'ils sont jugés trop agités, sont régulièrement calmés au moyen de traitements médicaux (euphytose ou antidépressifs) et entravés durant les nuits. Les entraves (bracelets de cuir + chaînes) sont placées aux mains et aux pieds des détenus.  

Cette polémique ne répond pas aux enjeux essentiels 

  • Un détenu qui souhaite mettre fin à ses jours trouvera toujours un moyen d'y parvenir. Ce rapport d'octobre 2000 signé par le Dr. Sophie Baron-Laforet confirme qu'en 10 ans la situation est restée au point mort.     
  • Plus de 60% des détenus qui mettent fin à leurs jours sont en attente de jugement.
  • Le personnel pénitentiaire est-il suffisamment formé pour gérer des caractères instables, en plus d'assumer une population carcérale de plus en plus nombreuse et de plus en plus violente ?
  • Quelles missions pour la prison d'aujourd'hui ?

Le suicide d'un jeune de 16 ans jugé fragile et incarcéré en EPM (Etablissement Pénitentiaire pour Mineurs) ce mardi 23 février, ainsi que celui d'un jeune détenu de 24 ans à Rennes le même jour, doivent amener l'Administration Pénitentiaire et le Ministère de la Justice à se poser l'ensemble des questions évoquées ci-dessus.

Mêmes les sujets les moins sexy ou les moins pourvoyeurs de voix doivent trouver des solutions. Cela impose de leur donner une résonnance minimum au sein du débât public. Cela impose forcément une volonté coordonnée de l'exécutif et du législatif. Cela impose obligatoirement des engagements fermes et du courage politique.    

25 janvier 2010

Pourquoi la politique pénitentiaire reste dans l’impasse ?

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Le 18 janvier 2010, Michèle Alliot-Marie, la Ministre de la Justice, a tenu une Conférence de Presse sur la politique pénitentiaire actuellement menée par le Gouvernement.

Lors de ce discours la Garde des Sceaux a précisé les conditions d'application des mesures menées dans le cadre de la lutte contre le suicide, la récidive et la condition pénitentiaire, qu'elle a estimé « porter ses (premiers) fruits ».

Cette appréciation ministérielle n'a toutefois pas manqué de heurter les associations comme Ban Public ou l'Observatoire International des Prisons, qui agissent auprès des détenus et de leurs familles, et qui ont répliqué par un cinglant « indécent ».

Sur le suicide en détention, les associations ne remettent pas en cause les mesures en tant que telle, elles estiment qu'elles ne visent qu'à empêcher les détenus de passer à l'acte mais ne qu'elles ne prennent nullement en compte la souffrance ou les conditions de détention génératrices d'une vague de suicides sans précédent dans les prisons françaises.

Pour s'en convaincre, il suffit de consulter le pointage précis de Ban Public et qui appelle au réveil des consciences : 2007 = 97 décès. 2008 = 118 décès. 2009 = 139 décès.

Depuis le 1er janvier 2010 : 12 détenus ont mis fin à leurs jours (soit un suicide tous les 48 heures).

Par ailleurs, la décision du Ministère de la Justice de confier au Ministère de la Santé la prévention du suicide en prison été bien appréciée. Ceci contribue selon-elles à considérer ce sujet comme un enjeu de santé publique.

Sur la question de la récidive, Michèle Alliot-Marie a confié à Pierre Botton, ancien détenu et acteur d'une énième affaire politico-judiciaire dans les années 90, la responsabilité de mener une étude visant à améliorer les conditions de réinsertion des détenus, ciblant ainsi la lutte contre la récidive.

Enfin, la condition pénitentiaire a été abordée dans son ensemble à travers la création de nouveaux établissements augmentant la capacité d'accueil et la rénovation des cellules les plus vétustes. Ce point là apparait bien plus discutable au moment où un documentaire diffusée début janvier sur France 5 a apporté la preuve que plus il y a de prisons, plus il y a de prisonniers.

La nouvelle Loi Pénitentiaire a été vantée par la Ministre et le site Internet du Ministère de la Justice en fait son focus première page ce mois-ci. Celle-ci a pourtant donné des signes de faiblesse lors de sa discussion au Parlement.

De même que l'on a beaucoup de peine à croire le discours de la Ministre lorsqu'elle prétend qu'un régime de peine personnalisé sera proposé au détenu en fonction de son infraction, que près de 5 heures d'activités seront proposées à chaque détenu ou d'une juste information des détenus en matière de droits et de devoirs. Ces perspectives idylliques sont parfaitement infondées.

  1. Les détenus n'ont aucun loisir de décider la manière dont ils exécuteront leur peine : l'Administration Pénitentiaire s'en charge pour eux !
  2. Les activités proposées aux détenus (qu'elles soient lucratives comme un emploi ou récréatives comme le sport ou la lecture) sont placées à la seule discrétion des directeurs des établissements pénitentiaires.
  3. La juste information des détenus sur leurs droits et leurs devoirs est une hérésie lorsque l'on sait que près de la moitié des détenus français sont d'origine étrangère, et que parmi cette moitié près du tiers comprend peu ou pas du tout notre langue !

Sur ces nombreux points, les associations ne sont pas dupes et comprennent que la France entend apaiser les nombreuses remontrances venues du Conseil de l'Europe ou de l'ONU qui reprochent à notre pays d'héberger ses détenus dans des conditions intolérables. Pourtant, le signal envoyé par le Gouvernement et le Président de la République est très clair : une prison répressive avant tout !

En matière de réglementation pénitentiaire, la France contrevient à 20 règles fondamentales édictées par le Conseil de l'Europe. Au premier titre de celle-ci il suffit de citer : « Règles 9 et 93.1 : les conditions de détention et la manière dont les détenus sont traités doivent être contrôlées par un ou des organes indépendants. ».

Les dossiers comme les peines alternatives ou les conditions de détention (hygiène et salubrité), pourtant essentiels voire cruciaux, sont de nouveau restés sans réponse. Le bout du tunnel n'est pas encore à portée de main...

Régis Sada

 

Article à lire : Prisons de France : l'échec du pays des Droits de l'Homme

Sites à visiter : Ban Public - O.I.P. - Ministère de la Justice

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21 décembre 2009

Pourquoi nos détenus ne sont pas des chiens ?

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Ici ou là, dans les médias, chacun pourra découvrir dans les jours et semaines qui viennent, cette affiche signée de l'Observatoire international des prisons. La proposition de l'Agence H (lire l'interview de T.Reichlin-Meldegg directeur de création de l'agence), qui a travaillé bénévolement à concevoir et réaliser cette campagne d'appel à don, s'est imposée. L'image est celle d'un jeune adulte qui nous regarde derrière les grilles de sa cellule. Sur cette image, un texte : « Si ça peut vous aider à donner, dites vous que cet homme est un chien » . Délibérément provocatrice, l'assimilation du prisonnier à un animal se veut bien évidemment réactive à la rhétorique sécuritaire qui, stigmatisant certains auteurs d'infractions par l'usage de termes comme « monstres » ou « prédateurs », sous-tend qu'ils perdent leur qualité d'être humain. Quant à l'interpellation sur les logiques qui président au geste de générosité, elle vise avant tout à contredire l'idée selon laquelle nos concitoyens seraient totalement indifférents au sort réservé, en leur nom, aux personnes détenues.

L'OIP déroge rarement à son mode de communication consistant à n'intervenir dans le débat public que pour faire état de situations concrètes ou de démarches législatives et règlementaires constitutives ou génératrices d'une violation des droits fondamentaux de la personne détenue. Il y a néanmoins un précédent dans l'histoire de notre association. En 1996, soit quelques années après sa création, le journal Ouest France avait accepté de faire paraitre à titre gracieux une campagne d'appel à don. Le « message » choisi à l'époque se voulait en phase avec l'idée première prêtée à nos concitoyens, celle d'une vision de la prison comme « école de la récidive ». L'affiche disait donc : « Pour passer du vol au crime, il suffit parfois de passer par la prison ». Résultat : des lettres d'injures et des coups de téléphone anonymes. Une véritable douche froide pour une organisation qui venait d'obtenir un statut consultatif auprès de l'ONU.

Le temps a passé, d'un siècle à l'autre, avec un changement d'échelle, quantitatif et qualitatif, dans l'information accessible pour connaitre de la réalité des conditions de détention dans notre pays. Il sera intéressant d'observer la nature et l'ampleur des réactions à une quinzaine d'années d'intervalle. Et tentant d'en faire une sorte de baromètre de l'évolution des mentalités. Ce n'est certes pas la seule ignorance des considérants de la vie derrière les murs qui a été jadis à l'origine des manifestations de haine à notre encontre. Le principe même d'une action en faveur du respect du droit à la dignité des personnes détenues a sans doute heurté nombre de consciences. Et, force est de constater qu'une telle démarche est de celles qui rencontrent le plus de difficultés à susciter l'adhésion du plus grand nombre. Chacun le sait. Nous le savons. Pour autant, il parait inconcevable de renoncer à solliciter le soutien financier du « grand public » au prétexte d'une possible nouvelle déconvenue. Nous le faisons cette fois en rappelant la nécessité de ne pas insulter l'avenir, c'est-à-dire en l'invitant à refuser avec nous que des hommes et des femmes puissent être traités comme des animaux en cage.

Patrick Marest

*Christine Daure-Serfaty, ancienne présidente de l'Observatoire international des prisons, secrétariat international.

A lire sur le site de l'OIP

A lire sur le blog de Luc Mandret 

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Acheter en ligne le Rapport 2009 de l'OIP sur les conditions de détention en France

10:02 Publié dans Changer la prison en France ? | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : politique, france, prison, oip, droithomme, ump, ps, modem | | | Digg! Digg |  Facebook

23 novembre 2009

Pourquoi les journées nationales des prisons ?


journees nationales prisons 2009.jpgLe Groupe national de concertation prison (GNCP)

Le GNCP réunit depuis bientôt dix ans, les représentants nationaux d'associations et des aumôneries de prison, afin d'échanger sur un certain nombre de préoccupations communes autour de l'univers carcéral. Fort de la diversité et de l'action de terrain de ses membres sur l'ensemble de la France, le GNCP approfondit et se positionne sur certains sujets d'actualité, dans le but de mener une action citoyenne commune relayée à l'échelon local par l'ensemble de ses réseaux.

Les différents acteurs du GNCP

Aumônerie Catholique des prisons

Présents sur l'ensemble des établissements pénitentiaires de France, les membres des aumôneries catholiques sont environ 500. Certains sont indemnisés par l'administration pénitentiaire, d'autres sont bénévoles, mais toutes reçoivent un double agrément : celui de l'évêque et du ministère de la justice. Les aumôniers ont la possibilité de rencontrer personnellement les personnes détenues dans leurs cellules, de célébrer des offices et de réunir les personnes détenues pour des groupes d'enseignements religieux. Leurs activités sont régies par les articles D.432 à D.439 du code de procédure pénale (CPP).

Aumônerie Catholique des prisons - 106 rue du Bac - 75341 Paris cedex 07 /
tél. 01 45 49 69 97 / fax 01 45 49 69 78 / aum-prisons@cef.fr

Aumônerie Protestante des prisons

300 aumôniers représentant les différentes tendances du protestantisme agissent dans tous les établissements pénitentiaires. Chaque aumônier peut rencontrer librement dans leurs cellules les personnes détenues qui font appel à lui. L'essentiel est l'écoute individuelle mais aussi les offices et les groupes de réflexion à partir de textes bibliques et/ou de l'actualité. Leurs activités sont régies par les articles D.432 à D.439 du code de procédure pénale (CPP).

Aumônerie Protestante des prisons - 47 rue de Clichy - 75311 Paris cedex 09 /
tél. 01 44 53 47 09 / fax 01 45 26 35 58 / fpf-justice@protestants.org

Croix Rouge française

La Croix Rouge Française mobilise ses unités locales en vue de l'amélioration des conditions de vie des personnes placées sous main de justice, en particulier des plus démunies, et au maintien de leurs liens familiaux. Contribuant aux actions de préparation à la sortie mises en place dans les établissements pénitentiaires, les actions de la Croix rouge française favorisent globalement l'insertion des personnes sortant de prison.

Croix Rouge française - 1 place Henry Dunant - 75384 Paris cedex 08 /
tél. 01 44 43 12 68 / fax 01 44 43 12 37

Genepi (Groupement étudiant national d'enseignement aux personnes incarcérées)

Afin d'œuvrer en faveur de la réinsertion sociale des personnes incarcérées, 850 étudiants bénévoles agissent. Le Genepi, réparti en 50 groupes locaux, mène des activités socioculturelles et de soutien scolaire au sein d'une soixantaine d'établissements pénitentiaires, ainsi que des actions d'information et de sensibilisation du public, afin de lutter contre les phénomènes de peur et d'exclusion trop souvent constatés à l'égard des sortants de prison.

Genepi - 14 rue Ferrus - 75014 Paris / tél. 01 45 88 37 00 / fax 01 45 88 96 87 / genepi@genepi.fr

Farapej (Fédération des associations réflexion action prison et justice)

Aider les détenus et leurs familles à vivre ce moment difficile de leur existence, ainsi qu'à faire respecter leurs droits, limiter les effets déstructurants de la prison, réfléchir sur le sens de la sanction pénale, tels sont les objectifs de la cinquantaine d'associations réunies au sein de la Farapej 200 salariés et plus de 2 000 bénévoles agissent principalement dans le domaine de l'accueil des familles en attente de parloir et l'accompagnement ainsi que l'hébergement des sortants de prison, ce qui contribue à prévenir la récidive. En 2003, les associations de la Farapej ont assuré plus de 350 000 accueils de familles et plus de 90 000 nuitées d'hébergement.

Farapej - 68 rue de la Folie Régnault - 75011 Paris / tél. 01 55 25 23 75 / fax 01 55 25 23 76 / farapej@wanadoo.fr / http://www.farapej.fr

Fnars (Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale)

La Fnars fédère 750 associations ou organismes gérant 2 200 centres et services dont 700 ont l'habilitation Aide sociale CHRS (centre d'hébergement et de réinsertion sociale). Les associations de la Fnars ont pour mission d'accueillir, d'héberger et de soutenir le projet d'insertion aussi bien des personnes en difficulté sociale, seules ou en famille, que des personnes placées sous main de justice. La Fnars s'est à l'origine fondée pour développer l'accueil et la prise en charge des personnes sortant de prison. Si les publics se sont diversifiés, la Fnars reste plus que jamais, à la fois dans sa politique et dans les faits, fidèle à sa mission d'origine.

Fnars - 76 rue du faubourg Saint Denis - 75010 Paris / tél. : 01 48 01 82 00 / fax 01 47 70 27 02 / fnars@fnars.org / http://www.fnars.org

Secours Catholique

Le département Prison - errance du Secours catholique réunit 2 000 bénévoles qui assurent principalement une correspondance avec les personnes incarcérées, la confection de colis de Noël et l'accueil des familles en attente de parloir. Les aides financières apportées aux personnes détenues et aux familles, ont représenté en 2002 : 3,6 millions de francs.

Secours catholique - 106 rue du Bac - 75341 Paris cedex 07 / tél. 01 45 49 7300 / fax 01 45 49 94 50 / dept-prison-exclusions@secours-catholique.asso.fr / www.secours-catholique.asso.fr

Union des fédérations régionales des associations de maisons d'accueil de familles et proches de personnes incarcérées (Uframa)

L'Uframa est composée de 5 fédérations régionales regroupant ainsi 67 associations, et intervient en outre auprès de l'ensemble des associations de maisons d'accueil de familles et proches de détenus soit 135 structures d'accueil dont 29 avec hébergement de nuit. Les actions mises en place par l'Uframa. sont d'une part de soutenir l'action des associations de maisons d'accueil et d'autre part de prendre en compte les difficultés auxquels se trouvent confrontées les familles, les faire connaître et mettre en place des actions de soutien.

Uframa - 8 passage Pont Amilion - 17100 Saintes / tél./fax 05 46 92 11 89

 

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11 septembre 2009

Pourquoi Florence Aubenas assure qu’avec les prisons françaises "On va droit dans le mur" ?

Le magazine l'Express publie ce vendredi un entretien de Florence Aubenas, présidente de l'Observatoire International des Prisons depuis juillet 2009. La journaliste et ex-otage en Irak tire le signal d'alarme sur la nouvelle loi pénitentiaire actuellement en débat au Parlement.

Florence Aubenas lève certains tabous en dénoncant les idées reçues, la perception des français sur leurs prisons et le volontarisme politique jugé souvent timide voire inexistant.

A lire et à commenter.

Régis Sada

 

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"On va droit dans le mur" - L'EXPRESS par François Koch, publié le 11/09/2009

La journaliste Florence Aubenas, ex-otage en Irak, s'engage dans le combat des droits de l'homme en détention. Elle critique avec virulence le projet de loi pénitentiaire que va examiner l'Assemblée nationale. Entretien exclusif.

Attendu depuis plusieurs décennies, le projet de loi pénitentiaire répond avant tout aux exigences des instances européennes, jugeant que les prisons françaises imposent aux détenus des conditions de vie dégradantes. Bien qu'amélioré par le Sénat en mars dernier, le texte demeure critiqué par des associations, des syndicats de magistrats, d'avocats et de surveillants. Pourtant, la nouvelle ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie, affirme aussi qu'il faut humaniser les établissements et mieux préparer la réinsertion des délinquants pour lutter contre la récidive. Les divergences portent sur la méthode et les moyens. Elue le 2 juillet 2009 présidente de l'Observatoire international des prisons, Florence Aubenas tente de peser dans le débat.

Pourquoi avoir accepté la présidence de l'Observatoire international des prisons?

Depuis le début des années 1990, les prisons sont évoquées avec les mêmes termes: surpopulation et droits de l'homme bafoués. Depuis deux décennies, j'observe cette situation comme journaliste: rien ne change. Je perçois même une régression. Avec une opinion publique qui ne se sent pas concernée par les droits de l'homme en prison. A la tête d'un contre-pouvoir comme l'OIP, sans couleur partisane, j'espère contribuer à faire bouger les choses.

Le fait d'avoir connu la détention est-il un atout?

La condition d'otage en Irak n'est pas comparable à celle d'un détenu dans une prison française. C'est un autre univers: j'étais dans le noir, enchaînée toute la journée, dans l'incertitude quant à l'avenir.

Et la célébrité?

En rentrant d'Irak, je suis devenue célèbre en l'espace d'une minute. Un choc. Ça me trouble toujours. J'ai d'abord mis cette notoriété au service des innocents d'Outreau. L'utiliser maintenant pour le combat des droits de l'homme en détention me va bien. Même si c'est un domaine où il y a surtout des coups à prendre. Je reçois déjà des courriers: "Les prisonniers font la grasse matinée devant la télé alors que les SDF meurent dehors!"

Pourquoi critiquez-vous le projet de loi pénitentiaire?

La France fait cette loi parce qu'elle a trente ans de retard. On s'est contenté de répéter: "Puisqu'on est la patrie des droits de l'homme, tout va très bien chez nous." Du coup, nous nous sommes fait lourdement taper sur les doigts par les instances européennes. Pourtant, ce projet ne leur répond qu'en apparence. C'est un texte essentiellement bavard. Trois exemples:

1. Il est rappelé que la prison punit et réinsère. Or une règle européenne impose déjà à l'administration pénitentiaire (AP) de proposer aux détenus une activité (éducation, formation professionnelle, travail...). Le projet de loi renverse l'obligation: le prisonnier est contraint d'accepter l'activité offerte par l'AP, mais cette dernière n'est pas tenue de proposer quoi que ce soit.

2. La Cour européenne des droits de l'homme a souvent condamné la France pour sa pratique humiliante et dégradante des fouilles répétitives sur les détenus. Certains d'entre eux doivent baisser leur slip sept fois par jour. La nouvelle loi n'empêchera pas ces abus de perdurer.

3. Les députés vont signer un chèque en blanc. Les détenus étant différents les uns des autres, toutes les peines devraient être gérées de manière spécifique. La nouvelle loi s'inspire de cette idée, mais ne l'exploite pas jusqu'au bout, puisqu'elle veut officialiser une gestion à deux vitesses où les détenus sont séparés en deux groupes: les gentils et les méchants, avec des conditions de vie très différentes. Quels seront les critères de répartition? La loi renvoie à un décret. Sans préciser si les détenus auront le droit de contester la décision de l'AP. Au lieu de réduire l'arbitraire, la loi va l'augmenter.

Les sénateurs ont amélioré le projet concernant la règle "un détenu par cellule".

Oui. Ce principe inscrit dans une loi en 1875 n'est toujours pas appliqué! Ce qui est tout à fait révélateur de l'efficacité des textes sur la prison... Le projet renonçait à l'application de ce droit, en raison du manque de places. Heureusement, les sénateurs n'ont pas accepté ce recul et ont inséré un moratoire de cinq ans pour réduire la surpopulation carcérale. De manière assez perverse, le gouvernement affirme qu'aucun détenu ne demande à être seul. C'est vrai, parce que les prisonniers savent que la réponse sera toujours négative. Ou alors qu'ils seront transférés dans un établissement loin de leur famille.

Espérez-vous une amélioration du projet par les députés?

Non, au contraire. Sur les libertés et les droits fondamentaux, les sénateurs sont plus ouverts que les députés. Ces derniers sont tétanisés par la pression sécuritaire: "Il ne faut pas relâcher les assassins d'enfants", leur disent des gens, sur les marchés.

Pourquoi les politiques, de droite comme de gauche, ne prennent-ils pas le problème à bras-le-corps?

Parce que, selon eux, ce n'est jamais le moment. Ils sont angoissés à l'idée de passer pour laxistes. Les politiques veulent bien aller voir l'excellent film de Jacques Audiard Un prophète, mais pas mettre leur nez dans la vraie prison et voir la réalité en face.

Que devraient-ils expliquer à leurs électeurs?

Lorsque l'on humilie les détenus, en les traitant de manière indigne, avec parfois six personnes dans une seule cellule, sans cloison pour les toilettes, sans les protéger contre la violence, ils sortent plus abîmés qu'ils ne l'étaient en entrant. Des rapports officiels soulignent que les cours de promenade sont des zones de non-droit, où la sécurité n'est pas assurée et où règnent la loi du plus fort et les trafics. C'est la spirale de la récidive vers une société plus violente. Quand je débats avec des policiers et des magistrats, ils disent plus fort que moi: "La prison est criminogène."

Mais les juges ne prononcent pas moins de peines de prison.

"On n'a pas trouvé mieux", disent-ils par fatalisme. Du coup, il y a 62 420 détenus pour 53 323 places. Et la surpopulation augmente, avec son lot de matelas à même le sol des cellules. Les projets de construction d'établissements ne sont pas la solution. Faute d'une vraie réflexion, le gouvernement se contente, en douce, de mettre en place un "petit robinet" pour faire sortir des détenus et éviter l'explosion: la loi va permettre aux prisonniers d'être libérés avec un bracelet électronique s'il ne leur reste que quatre mois de détention à effectuer. Mais ce type de mesures collectives, une grâce déguisée, produira encore plus de récidives. Parce que l'on balancera les détenus dehors, sans préparation, sans logement ni travail. Prenons conscience de ce que sont les prisons: une folie. On va vers une catastrophe, droit dans le mur, et la nouvelle loi ne fait rien pour l'éviter.

Votre association est perçue par les pouvoirs publics comme hostile à l'existence des prisons. Est-ce vrai?

Nous ne sommes pas d'irresponsables gauchistes rêvant de la suppression des prisons. Nous disons simplement la même chose que les instances européennes: l'incarcération ne doit être qu'une sanction de dernier recours. Et aucune sortie ne devrait se faire sans préparation, ce qui n'est pas le cas, faute de moyens. Se contenter d'enfermer entre quatre murs des délinquants ne les métamorphose pas en honnêtes gens. C'est la "honte de la République", a déclaré Nicolas Sarkozy. Il serait temps de passer du discours aux actes.

 

10 août 2009

Pourquoi Le Monde donne la parole aux taulards ?

 

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Le journal Le Monde demeure aujourd'hui le seul quotidien à avoir choisi de bousculer sa ligne éditoriale pour expliquer en détail à ses lecteurs ce qu'est la vie dans les prisons françaises. Ce choix d'information ne s'est jamais limité à la seule énumération des suicides survenus derrière les barreaux.

Rappelons que pour les sept premiers mois de l'année 2009, pas moins de 90 détenus se sont donné la mort dans une indifférence générale.

LE CORPS INCARCERE - JOURNAL LE MONDE

Au travers de quatre portraits d'anciens taulards, Le Monde donne la parole à celles et ceux qui ont vécu dans l'ombre des conditions d'incarcération, de détention, d'hygiène et de promiscuité trop souvent méconnues.

Sans nier les faits qui ont conduits ces personnes à être condamnées et incarcérées, et sans refuser aux victimes ou à leurs familles le légitime droit à réparation, les français doivent entendre aussi cette part de vérité.

Cette femme et ces trois hommes racontent avec leurs propres mots ce qu'est la vie dans une prison française :

HELENE, 49 ANS, 11 MOIS DE PREVENTIVE

 

DJEMEL, 45 ANS, 9 ANS DE PRISON

 

 

HAFED, 49 ANS, 17 ANS DE PRISON

 

 

HUGO, 56 ANS, 29 ANS DE PRISON

 

 

Ces quatre témoignages vidéo précèdent un documentaire de 14 minutes, où chaque instant de la vie d'un détenu est racontée et disséquée.

LE CORPS FOUILLE : la boîte à outils, le doigt, la bouche et le mitard

LE CORPS DE L'AUTRE : seul, plaisirs clandestins, l'œil, la frigidité et le DVD

LE CORPS MALADE : pourrir, les cheveux, la vue et les dents

LE CORPS RETROUVE : la musculation, la carapace, les automutilations, les pieds devant et la torture

LE CORPS LIBERE : porte de sortie, le pendu et le « DCD »

En écoutant ces reportages, ces paroles de détenus, ont prend la mesure du chantier énorme qui attend la France pour retrouver le chemin de la dignité retrouvée après s'être égarée sur celui de cette honte nationale caractérisée par nos prisons abandonnées.

Régis Sada

 

31 juillet 2009

Pourquoi passer de la cellule au Barreau n’est pas une simple affaire ?

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L'hebdomadaire catholique La Vie a récemment publié une interview de l'avocat Christian Laplanche. Interview ordinaire ? Pas tant que cela puisque le tout nouveau « Me Laplanche » a était dans une vie antérieure l'auteur d'une douzaine de braquages et a été incarcéré pendant près de 18 mois.

Cet ancien détenu, plus que rangé aujourd'hui, a confié à La Vie toutes les difficultés rencontrées par un ex-taulard pour faire accepter sa réinsertion, et encore plus lorsqu'il s'agit de passer de l'autre côté de la barrière.

Extrait :

« Pour devenir un nouvel homme, Christian Laplanche s'est battu, avec une énergie folle. Longtemps, d'autres n'ont pas voulu accepter sa mue. Il ne restait pourtant plus rien en lui de cet adolescent mal dans sa peau, élevé par sa grand-mère loin de ses parents, qui avait commis une douzaine de braquages, en 1982, blessé un policier municipal à la jambe, et avait été incarcéré 18 mois, en deux séjours. Il était devenu professeur de droit, et même maître de conférences, en poste à l'université de Cayenne, en Guyane. Mais quand, en 2003, de retour en métropole, il a voulu devenir avocat, le barreau de Nîmes s'y est opposé. Ces redresseurs de torts qui se gargarisent du mot réinsertion ont voulu le bannir à jamais ! Christian Laplanche n'a pas renoncé, s'est dressé contre le conseil de l'ordre.

Au total, son combat a duré « cinq ans et demi ». Une première fois, il a triomphé, prêté serment, s'est installé à Nîmes, sa ville. Mais, le 21 mars 2006, après une décision de la Cour de cassation infirmant l'arrêt de la cour d'appel qui l'avait accepté dans la profession, il a dû fermer son cabinet, après 15 mois d'activité. En juillet 2008, il a de nouveau prêté serment devant le barreau de Paris. De nouveau enfilé la robe noire. À 46 ans, il exerce enfin le métier pour lequel il se sent une vocation profonde. »

Lire la suite sur La Vie « de la prison au barreau »

29 juillet 2009

Pourquoi la Turquie innove dans ses peines alternatives à la prison ?

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Courrier International propose un article traitant des peines alternatives à la prison mises en place par le Gouvernement turc. Si le travail d'intérêt général demeure une peine alternative appréciée tant du côté d'Ankara qu'à Paris comme une solution viable pour désengorger les prisons pour des délits mineurs, la Turquie innove dans le bon sens en développement une peine alternative unique et originale : la lecture sous contrôle judiciaire !

L'article de Bakr Sidqi paru dans le journal libanais An Nahar, présente ce système original en précisant que « La législation turque autorise à surseoir à une peine de prison en imposant à l'accusé jusqu'à cinq ans de contrôle judiciaire assorti de l'obligation de lire et parfois aussi d'accomplir un travail d'intérêt général - faire le ménage dans une bibliothèque publique, par exemple. Ces jugements concernent des délits pour lesquels la peine encourue ne dépasse pas les trois ans de réclusion. Ils ne peuvent en outre s'appliquer qu'aux condamnés qui n'ont pas d'antécédents, font preuve de bonne conduite et manifestent des regrets. La première condamnation à la lecture d'un livre remonte à 2006. »

Le journaliste poursuit par un entretien d'un détenu turc condamné à quinze jours de prison pour état d'ébriété et tapage en ville, pour lequel la peine a été commuée en une obligation de lire une heure et demi par jour sous surveillance policière. Dans son témoignage Alparslan Yigit, pour qui la lecture relève presque de la torture morale, évoque son émoi lorsque le juge a choisi de lui appliquer cette sanction : « J'ai demandé au juge de me traiter comme tout le monde. Je lui ai dit : 'Si vous me condamnez à lire un livre, les gens vont se moquer de moi !' Pour moi, lire un livre, c'était comme faire la vaisselle à la maison. Mais le juge a maintenu cette peine. Je me suis enfui à Ankara. J'étais très perturbé. »

Autre exemple atypique : celui d'Omar, 33 ans, qui a été condamné à lire un classique de la littérature mondiale chaque mois pendant cinq ans pour avoir giflé son épouse de 28 ans en pleine rue ! Déjà condamné à un travail d'intérêt général de 4 mois et demi pour vol de portable, Omar ayant exprimé des regrets sincères pour son geste envers sa femme, a reçu sa carte d'abonné à la bibliothèque municipale et a commencé la lecture d'un « Guerre et Paix » qui sonne comme un retour souhaité à la morale.

Dernier exemple avec Ozgur âgé de 23 ans et condamné à un an de prison et 375 livres d'amende (environ 180 €) pour avoir tiré en l'air avec son pistolet, a vu sa peine suspendue durant 5 ans s'il lisait des ouvrages sur les dangers des armes à feu durant les trois premiers mois et qu'il distribue des brochures sur le sujet dans les rues de sa ville....

Les peines infligées par les tribunaux turcs doivent en faire sourire plus d'un dans la bonne vieille Europe éduquée. Certains penseront que le taux d'analphabétisme est certainement plus élevé chez nos amis turcs qu'en France. Les sourires s'effaceront lorsque l'on découvre que selon les chiffres de l'Agence Nationale de Lutte Contre l'illettrismepas moins de 9% de nos compatriotes ne savent ni lire ni écrire. Selon les chiffres des Nations Unies, le pourcentage de la population illettrée en Turquie était de 13,50 % en 2003.

Cet article permet de mettre en parallèle deux points importants. Le premier c'est l'intérêt de trouver des peines alternatives viables et profitables tant aux détenus qu'à notre société qui cherche des pistes pour limiter la récidive par une réussite des projets de réinsertion. En cela, l'initiative turque ne peut en aucun cas être ridiculisée ou brocardée lorsque l'on sait que près de 40% de la population carcérale française est frappée d'illettrisme, et que ce mal est une résultante directement liée à une sous-éducation (de l'ordre de 18%) qui touche les milieux les plus défavorisés.

Le second point réside dans l'impérieuse nécessité de trouver des peines alternatives à l'incarcération qui permettraient de favoriser un désengorgement de nos établissements pénitentiaires. Ajouté à l'accroissement des peines de travaux d'intérêt général et à un accès beaucoup plus affirmé à l'enseignement professionnel et au monde du travail, nous tenons ici une promesse d'améliorations des conditions de détention et de réinsertion de nos détenus.

Travail, Culture et Education renforcés pour tous, quelle beau programme ! Toujours sceptiques sur la méthode turque ?

Régis Sada

 

21 juillet 2009

Pourquoi la crise des prisons françaises ne sera pas résolue dans les cinq prochaines années ?

 

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Le Figaro publie dans son édition du 21 juillet 2009 une interview de Jean-Marie Bockel, Secrétaire d'Etat à la Justice en charge des prisons françaises. Cette interview fait suite à la condamnation de l'Etat français par le Tribunal Administratif de Nantes, pour non respect des conditions de détention consécutive à la plainte déposée par plusieurs détenus.

Jean-Marie Bockel ne nie pas que la situation actuelle de nos prisons demeure particulièrement difficile tant pour les détenus eux-mêmes que pour le personnel pénitentiaire. Un rapport de l'Inspection Générale précise que près de 82.000 détenus condamnés à de la prison ferme sont actuellement en « liberté », est venu ajouter une donnée complémentaire au problème du nombre de places disponibles dans des établissements pénitentiaires déjà surchargés.

Sur demande du Chef de l'Etat et de la Garde des Sceaux Michèle Alliot-Marie, 5.000 places supplémentaires sont prévues en 2009 pour augmenter la capacité d'accueil des détenus et parvenir à une exécution effective des enfermements ordonnés par la Justice. Insuffisant ! scande l'Observatoire International des Prisons qui juge que cette décision n'apportera pas les réponses escomptées aux situations actuellement vécues.

Comme sa Ministre de tutelle, le Secrétaire d'Etat à la Justice souhaite miser sur un renforcement des peines dites alternatives comme le recours aux bracelets électroniques ou aux travaux d'intérêts généraux. Jean-Marie Bockel ne nie pas les problèmes actuels en estimant que cette situation existe depuis une trentaine d'année et que c'est seulement depuis 2002 que la France entend les nombreuses recommandations dictées notamment par le Conseil de l'Europe qui n'a jamais hésité à épinglé notre pays à de nombreuses reprises, jugeant même il y a encore quelques mois, que les prisons françaises étaient classées juste avant celle de.....la Moldavie !

Un point positif à l'actif de Jean-Marie Bockel lorsqu'il évoque la question délicate de la réinsertion des prisonniers. Si le respect dû aux victimes et à leurs familles passe impérativement par une Justice qui s'applique à tous, et que la détention doit tenir son rôle de réparation pour un délit commis, celle-ci doit préparer avec la plus grande attention la sortie des détenus.

De l'aveu même du Ministre, la situation trouvera difficilement une issue conforme aux espérances avant les deux ou cinq prochaines années...

Lire l'interview de Jean-Marie Bockel sur Le Figaro

Régis Sada

 

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