30 janvier 2012
Pourquoi Mein Kampf plane à nouveau sur l’Europe ?

« Verba volant scripta manent » : les paroles s’envolent, les écrits restent. Nous avions cru Adolf Hitler, Führer de l’Allemagne Nazie, mort suicidé le 30 avril 1945 dans les ruines fumantes de sa Chancellerie à Berlin. Sa dépouille est demeurée introuvable pour le monde.
« Mein Kampf » livre-recueil de l’idéologie nazie, responsable de plus de 60 millions de morts au lendemain de la seconde guerre mondiale, revient hanter l’Europe soixante ans après. Et si finalement Adolf Hitler n’était pas mort ?
C’est du moins la question à laquelle nous sommes contraints de répondre, dèlors que ses écrits tomberont dans le domaine public le 1er janvier 2016 et, au moment où le Land de Bavière –détenteur des droits- éprouve les pires difficultés à étouffer la diffusion de ces derniers en repoussant les arguments des défenseurs de la liberté d’expression.
Terriblement surprenante en effet, cette position qui veut que l’on puisse lire ou acquérir Mein Kampf dans sa version originale (NDRL : de l’époque) et, dans le même temps, empêcher toute réédition sans que celle-ci soit assortie d’une notice ou d’un texte faisant référence aux atrocités commises au nom de l’idéologie nazie prônée par Adolf Hitler et clairement explicitées dans son livre.
Si la France a adopté la même philosophie sur ce brûlot, elle laisse la consultation des tomes I et II disponible sans restriction sur des sites étrangers via internet. Le livre traduit en français tombera dans le domaine public en 2054, ce qui lui laisse encore le temps nécessaire pour modifier sa propre législation sur le sujet.
Près de 70 ans après la fin d’une guerre terriblement meurtrière, et tenant compte de l’évolution des sociétés qui ont directement été concernées par celle-ci, comment justifier d’une protection aussi rapprochée entourant ces écrits ? Ces mêmes sociétés, démocratiques depuis si longtemps, n’ont-elles pas été capables d’instruire et d’informer suffisamment leurs opinions publiques pour avoir besoin de les préserver des inepties contenues dans Mein Kampf ?
Visiblement non, ou du moins en surface… Car si l’on se réfère à l’article du psychosociologue Alexandre Dorna : la crise financière, la défiance des peuples envers leurs élites ou la perte de repères sociaux et familiaux, fragilisent les populations qui encensent le besoin de liberté tout en recherchant une figure ou une pensée derrière laquelle se ranger. De là à l’endoctrinement, il n’y a qu’un pas. Pour s’en convaincre, il suffit de constater avec quelle rapidité les idées défendues par le Front National ont imprégné la société française.
Marc Ferro, historien de référence, ne dit pas autre chose en appelant nos démocraties à rester vigilantes face à la diffusion d’écrits violents, accusateurs et profondément monstrueux par les théories qui y sont décrites. Il invite à ne pas laisser d’espace vital aux fanatiques, à toutes les formes de fanatisme. Pour lui comme pour beaucoup d’autres, tout autoriser au nom de la sacro-sainte liberté d’expression est un appel non dissimulé au suicide collectif de notre conscience et de notre devoir de mémoire face aux atrocités perpétrées.

La transmission orale de celles et ceux qui ont vécu cette période ou subi cette rage de destruction, les livres de témoignages ou d’explication, les émissions ou documentaires consacrés au sujet, les commémorations, les musées, tout cet ensemble construit et érigé en barrière contre Hitler, le nazisme et la barbarie dont ils ont été les auteurs, n’auront pas suffi aux hommes d’aujourd’hui (pourtant mieux informés) de se prémunir contre ce cancer de l’Humanité.
Partant de ce constat, il demeure très difficile de considérer Mein Kampf comme une littérature ordinaire. Une explication de texte ou un accompagnement historique apparait donc indispensable.
Oui, l’Homme moderne doit user de la liberté, de toutes ses libertés. Mais l’Homme moderne doit aussi consentir à voir certaines de ses libertés amoindries du moment où il n’est pas en mesure de contrôler ses propres pulsions et donc, de chasser l’ensemble de ses vieux démons.
L’Homme est capable du meilleur comme du pire. Ce pire, l’Homme a été capable de l’exercer et de le retourner contre d’autres hommes. A ce titre, il convient de le préserver en ayant le courage de le protéger contre son gré.
A la manière de Voltaire : « Et qui pardonne au crime en devient complice ».
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23 novembre 2011
Pourquoi le drame de la Justice injuste ?

Dans l’application des peines de justice, beaucoup aimeraient voir l’émergence d’une Justice sur catalogue où pour tel délit ou tel crime, une sanction lettrée et chiffrée serait directement infligée. Les initiés qui connaissent ou s’intéressent à la Justice et à son fonctionnement, savent parfaitement qu’une telle vision est impossible et irréalisable. Le code pénal fixe un cadre global et lors d’une interpellation de prévenu, il est signifié une peine maximale encourue pour le type d’infraction commise. Il appartient ensuite aux magistrats -ou à un jury populaire- de se conformer à la peine prescrite ou de prendre en considération le cas spécifique du prévenu.
Quelque soit la forme du délit ou du crime, la sanction associée n’a que pour seule valeur de protéger la société.
Je reconnais chez moi un côté vieille France. Sans doute un vieux relent de conservatisme que je partage avec mes compatriotes sur des sujets sensibles. Ce côté vieille France parfaitement assumé est synonyme de principes qui me sont difficiles à surmonter. Au nombre de ces derniers, je cite l’obligation du respect d’autrui, du respect des règles imposées ou bien encore, du respect de certaines valeurs fondamentales.
C’est au nom de ces valeurs fondamentales que je m’interdis notamment de commenter et de remettre en cause les décisions ou les dysfonctionnements notables de la Justice de notre pays. Je m’y refuse car j’ai toujours considéré dans un premier temps que force doit rester à la loi et, que cette force, est garante de l’indépendance de la Justice et d’égalité entre tous les citoyens. Dans un second temps, ce refus marque mon profond attachement au fait que nos lois sont édictées par les représentants élus par le Peuple à qui, il appartient de se faire entendre pour adapter le dispositif juridique aux besoins des réalités vécues au sein même de la société.
Une fois le cadre posé et toutes ces choses dites, mon côté psychorigide ne m’empêche toutefois pas de transgresser mes propres règles, de m’indigner et de partager ma stupéfaction après le drame du Chambon-sur-Lignon (43).
Agnès, 15 ans, dont le corps a été retrouvé brûlé, a été violée et assassinée par un de ses camarades de Lycée âgé à peine de 17 ans. Le Procureur de la République de Clermont-Ferrand annonce devant toutes les caméras de télévision, que son meurtrier a déjà était condamné à 4 mois de prison en 2010 pour viol sur mineur et, qu’il avait été considéré comme parfaitement réinsérable dans la société ! Dans le cadre de son contrôle et de cette parfaite réinsertion, les autorités judiciaires ont donc autorisé la famille de ce jeune à lui faire retrouver sa place au sein d’un établissement scolaire en masquant l’éventualité d’une récidive ! Cette éventualité ou cette simple erreur d’appréciation ont coûté la vie d’Agnès !
Après une longue litanie de délits sexuels aussi incompréhensibles qu’horribles. Après un enchevêtrement sans nom de lois ou de nouvelles dispositions visant à canaliser la délinquance des mineurs, à estimer que les violences et les délits commis par ces derniers le sont de plus en plus précocement et sont de plus en plus violents ; et après avoir renforcé les mesures de contrôle et de détection au sein des prisons, même sur des détenus qui n’ont jamais été condamnés pour ce type de délit, les explications du Procureur de la République demeurent irrecevables par une opinion publique qui n’accepte plus cette avalanche de « dérapages incontrôlés » !
Des propos irrecevables car le malaise du Procureur était perceptible. Irrecevables car il n’a cherché qu’à protéger un ordre établi en renvoyant au « sentiment personnel du psychologue » qui avait étudié le cas du jeune meurtrier et l’avait jugé apte à reprendre sa place au motif de la personnalité de celui-ci et de son entourage familial ! Cet entourage familial qui est décrit comme une famille où la mère est comptable et que le père est professeur.
Comme beaucoup je m’interroge sur la peine infligée au premier délit : 4 mois fermes et bénéficiant d’une liberté conditionnelle. Je m’interroge aussi sur le rapport d’expertise psychologique qui conduit un mineur violeur à récidiver dans les conditions que nous connaissons. Je m’interroge toujours sur le fait que -du égard à ses antécédents judiciaires- il ait été possible de le replacer dans le contexte du premier délit commis. Je m’interroge enfin sur le fait que son entourage familial lui ai profité alors qu’en d’autres circonstances et pour d’autres types de délits –souvent inférieurs- des peines beaucoup plus lourdes sont infligées.
Si tous les cas ne se ressemblent pas et que tous les éléments d’un dossier doivent être pris en compte, je me dit que sur celui-ci : la Justice n’a pas fait son travail. La Justice a été injuste. Je ne me permets pas de juger les Juges, toutefois faire toute la lumière ne suffira pas. Il faudra que tous les acteurs qui sont intervenus sur ce dossier assument leurs responsabilités et qu’ils paient les conséquences de leur erreur d’appréciation !
Ne nous voilons pas la face ! Au-delà de cette seule affaire criminelle, il s’agit également d’une affaire purement politique ! Le laisser aller généralisé, le déficit de moyens accordés à la Justice et le manque d’engagement politique nous ont conduits à ce désastre collectif. Qui parmi nos dirigeants aura la volonté de rendre à la Justice française la place qui lui revient de droit ?
A la manière de Romain Rolland : « la fatalité, c’est l’excuse des âmes sans volonté ».
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