29 septembre 2010
Pourquoi l'obésité interdit toute dignité ?

La lutte contre l’obésité et celle contre la discrimination touchant les personnes en surpoids ne me laisse pas indifférent. Elle me touche encore et toujours aussi cruellement. Sans doute un passage obligé au moment où je souhaite surmonter de vieux démons qui ne cessent de me hanter.
Pas de misérabilisme inutile. Il est nécessaire d’avancer et de regarder au loin. Toutefois, il m’apparait difficile de ne pas relater ici un fait-divers écœurant venu assombrir ma semaine : Marie-Pierre entend respecter les dernières volontés de sa défunte mère Danielle qui souhaitait être incinérée. Pourtant, cette dame a bien failli être portée en terre car son surpoids ne permettait apparemment pas une incinération. La réplique de sa fille était prévisible : « toute sa vie elle a été discriminée ; morte ça continue ! ».
On connait déjà la vie subie par les obèses : assureurs malveillants qui imposent parfois des surprimes pour risque de mortalité précoce, compagnies aériennes qui n’hésitent plus à faire payer une taxe sur le kérosène ou pour l’acquisition d’un fauteuil mitoyen complémentaire, des magasins qui proposent des vêtements à petits prix pour anorexiques uniquement, des hôpitaux qui ne disposent pas assez souvent de matériels adaptés aux personnes en surpoids, sans oublier les employeurs qui ferment la porte de leurs entreprises aux obèses sous des prétextes fallacieux.
Les pompes funèbres innovent en 2010 en lançant le concept des surprimes à la crémation des obèses. Le repos éternel est réservé aux gens conformes à la norme.
L’imaginaire collectif est particulièrement développé lorsqu’il s’agit d’être confronté au problème de l’obésité. Notre société refuse d’accepter l’idée que nos modes de consommation ou, plus simplement, des problèmes de santé, amènent une partie de la population à subir l’obésité et à essayer de vivre avec, au sein d’une société qui rejette systématiquement tout ce qui ne lui ressemble pas.
L’obésité c’est souvent les minces qui en parle le mieux !
A la manière de Jean-Louis Chiflet : « Pour avoir l’air mince, ne sortez qu’avec des obèses ».
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| Tags : france, société, obésité, médecine, discrimination, mort, pompes funèbres, crémation |
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25 juin 2010
Pourquoi la Gay Pride 2010 pour en finir avec la discrimination ?
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24 mai 2010
Pourquoi les oubliés de la République ?

Le 7 mai dernier, le Nouvel Obs a publié la tribune « Toujours oubliés par la République » rédigée par Naïma Charaï (Députée suppléante de Noël Mamert), Stéphane Hessel (ancien Résistant et rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948) et Alain Rousset (Député de Gironde et Président du Conseil Régional d'Aquitaine).
Cette tribune lancée par l'association « Les oubliés de la République Française » sonne comme un rappel à l'ordre douloureux à cette France qui n'est jamais parvenue à faire la paix avec ses anciennes colonies et les territoires qu'elle a administré durant plusieurs décennies.
S'agit-t-il d'une vieille querelle ? D'une vieille rancune ? Non, rien de tout cela. Juste l'évocation d'une vérité qui doit heurter les consciences et confronter les français à leur nécessaire devoir de mémoire. 50 ans ont passé et à ce jour, les combattants issus de l'ancien Empire Français subissent toujours la discrimination injustifiée qui place le montant de leur pension militaire soumise au barème de la nationalité qui est la leur aujourd'hui.
Ainsi la pension versée par l'armée française à un combattant français (disons plutôt métropolitain) s'élève à 630 € par mois. La même pension pour un soldat venu du Maroc s'élève quant à elle à 54 € par mois. Pour justifier cet écart de traitement, l'Armée insiste sur des points comme la parité de pouvoir d'achat et le fait que certains de ces anciens combattants résident hors de l'Union Européenne !
Extrait de la tribune : « La France refuse que ces hommes puissent percevoir dans leur pays une pension militaire de retraite égale à celle d'un Français mais leur accorde un droit de séjour qui leur permet de bénéficier du minimum vieillesse s'ils résident en France plus de neuf mois. Cette situation est proprement aberrante.
En janvier dernier, au terme d'une bataille juridique épuisante, Mohammed Mechti et 5 autres compagnons marocains ont obtenu gain de cause devant le tribunal administratif de Bordeaux, le Gouvernement se voyant contraint de revaloriser leur pension au niveau de celle des Français. Mohammed Mechti avait 91 ans. Trop tard pour en profiter : il est décédé au lendemain de ce jugement, loin des siens, alors qu'il s'apprêtait à rentrer définitivement au Maroc.»
Le devoir de la République, l'honneur de la France, c'est de ne jamais oublier que ces hommes ont répondu présent lorsque nos valeurs ont été violées. Le devoir de la République, l'honneur de la France, c'est de ne jamais oublier que l'on a demandé à ces hommes de venir combattre pour sauver la Patrie en danger. Le devoir de la République, l'honneur de la France, c'est de ne jamais oublier que le courage de ces hommes ne peut en aucun cas être différencié de celui d'un combattant de la Métropole.
Ces hommes ont participé à faire de la France d'aujourd'hui une terre de libertés.
A la manière de Tacite : « La postérité rend à chacun l'honneur qui lui est dû ».
Blog de l'association Les Oubliés de la République Française
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15 janvier 2009
Pourquoi si t’es « PD » ton sang reste suspect ?

Pour beaucoup de lecteurs le titre de ce post volontairement provocateur semblera déplacé. C’est toutefois le sentiment qui m’anime après la décision du Ministère de la Santé d’appliquer la directive européenne imposant aux Etats membres la rédaction d’un arrêté sur la sélection des donneurs de sang.
Cette décision intervient au moment même où comme tous les ans à pareille époque, l’Etablissement Français du Sang tire le signal d’alarme devant la baisse constante des dons alors que les besoins sont en plein essor.
La ministre de la Santé Roselyne Bachelot justifie la décision d’écarter –une nouvelle fois- de la liste potentielle des donneurs potentiels les hommes homosexuels estimant qu’après une étude menée par des experts et des agences sanitaires, les résultats épidémiologiques attestent qu’entre 10% et 18% des gays sont contaminés contre 0,2% chez les hétérosexuels. Appliquant le principe de précaution devant un risque trop élevé, les homosexuels français ne peuvent donc pas donner leur sang.
Je ne jette pas l’opprobre sur Roselyne Bachelot qu’aucune association LGBT ne pourra taxer d’homophobe. Elle a en de nombreuses occasions comme sur le PACS ou dans l’affaire de Christian Vanneste, apporté courageusement un soutien inconditionnel à la cause homosexuelle. Je n’aimerais pas être à sa place. C’est aussi cela parfois, assumer les responsabilités qui sont les siennes.
Non, je n’exprime ici que de profonds regrets car j’ai moi-même subi cette interdiction en deux fois lorsque j’ai souhaité donner mon sang, extrêmement rare, un sang B négatif. Ma grand-mère paternelle était AB négatif (1% de la population mondiale) et comme mon père je suis du groupe B négatif (2% de la population mondiale).
Le don du sang est une tradition familiale. A 35 ans à peine, mon frère ainé est médaille d’or du don de sang….comme mon père. Donner son sang relève d’un acte civique et solidaire. Je souffre d’être empêché d’avoir la fierté de donner mon sang sans assumer ma sexualité.
Le Portugal vient de lever cette contre-indication, la France elle une nouvelle fois rechigne ! Que faut-il donc penser de ces donneurs potentiels que l’on refoule par centaines en laissant planer le doute sur la qualité du sang qu’ils souhaitent donner ?
« T’es PD donc t’es potentiellement contaminé ! » : celle-là on ne me la fera pas avaler. Joli message adressé qui favorisera sans doute la lutte contre les discriminations. Ce climat entretenu de perpétuelle suspicion nous ramène à une époque pas si lointaine où la sélection rimait avec épuration. Non, cette France qui juge, je ne l’aime vraiment pas !
12:30 Publié dans Garçonnière & Homosexualité ? | Lien permanent | Envoyer cette note
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24 novembre 2008
Pourquoi le Conseil Municipal de Puteaux n’en fini pas avec les « gauloiseries » ?
Sur son blog, Christophe Grébert –Conseiller Municipal MoDem de Puteaux- indique avoir été victime d’une nouvelle « gauloiserie » à l’occasion du dernier Conseil Municipal du 17 novembre. Un conseiller de la majorité UMP a lancé un « retourne dans le Marais ! » aussi sanglant que puéril.
Cette information a été confirmée par plusieurs sources indépendantes et démontre une nouvelle fois l’incivilité dont font preuve certains élus de la République.
Au-delà des points de vue divergents, il faut avoir la rigueur et la justesse de dénoncer haut et fort ces comportements douteux qui portent atteinte à la dignité des personnes, et contribuent à alimenter le pourrissement naturel de notre démocratie.
Qu’elles soient liées au sexe, à la religion ou à l’orientation sexuelle, les insultes ou les insinuations vexatoires ne sont ni acceptables, ni tolérables. Comment entendons-nous fixer des règles de bonne conduite à nos enfants, si les adultes ne savent pas se tenir en société ?
Ce n’est pas la première fois que ce type de propos est tenu au Conseil Municipal de Puteaux. Cela est devenu presque une habitude tant dans l’enceinte du Conseil que dans la tribune du public, où quelques iconoclastes en mal de reconnaissance prennent part au débats alors que cela leur est interdit !
Le temps est venu d’en finir avec ces gauloiseries permanentes et que ces élus prennent la mesure de leur devoir de responsabilité envers les citoyens qui les ont élus. Non mesdames et messieurs, votre mandat ne vous autorise pas à tous les excès ! Vos concitoyens sont en droit d’attendre de vous une attitude respectable.
En ce sens, je rappelle la Députée-Maire Joëlle Ceccaldi-Raynaud à sa responsabilité d’exercer son devoir de police dite des « séances ».
M.A.J. 26/11/2008 : Suite à ma demande mail faîte auprès de la Députée-Maire de Puteaux, celle-ci ne souhaite pas répondre aux polémiques lancées par Christophe Grébert. Elle s'est par ailleurs engagée à rapeller son effectif municipal à plus de mesure lors du prochain conseil municipal. Dont acte.
12:17 Publié dans Mystifier Puteaux ? | Lien permanent | Envoyer cette note
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22 mai 2007
Pourquoi pendant les cérémonies, l'homophobie continue...?
Le surf sur la toile amène parfois d’heureuses surprises. Ainsi, en parcourant le site du Journal Libération, je tombe sur une tribune rédigé sur le blog du psychiatre Serge Hefez et qui relate avec une véritable sincérité, les maux ancrés dans la vie quotidienne des français et qui ne font pas l’ouverture des journaux télévisés.
Le 17 mai 2007 –jour férié en France- lors de la journée mondiale de lutte contre l’homophobie, l’on a assisté à un véritable silence poli mais complice de l’ensemble de la presse dite libre. C’est vrai, c’est ce jour là aussi que François Fillon a été nommé Premier Ministre par le tout nouveau Président de la République Nicolas Sarkozy.
C’est vrai aussi, que c’est ce même jour où ce même Président de tous les français et son parti l’UMP, ont fait le choix conscient et délibéré de soutenir et d’investir des candidats aux législatives qui ont soit, mené une lutte acharnée voire haineuse contre les homosexuels, soit ont été récemment condamnés pour avoir tenus « ouvertement » des propos homophobes ou avoir insinué (ou laissé insinuer) –par devoir de précaution- qu’un homme, homosexuel et opposant politique avait des penchants pédophiles.
Pendant les cérémonies, l’homophobie continue….et les français continuent à perdre la mémoire et à trouver aujourd’hui des vertus à certains discours tenus par leurs stars politiques (homosexualité, génétique, fainéants, racaille…), alors qu’il y a encore quelques années les petites « gauloiseries » de Jean-Marie Le Pen les faisaient sortir par centaines de milliers dans les rues.
Aujourd’hui tout est devenu possible. Aujourd’hui tout est permis aux hommes…même le plus sale, même le pire, même le retour en arrière de la pensée.
Je rends hommage à l’analyse pertinente de Serge Hefez qui colle à la réalité de la société française telle qu’elle est devenue aujourd’hui. Cette découverte me soulage le jour même où un internaute m’a reproché d’user abusivement des termes de « citoyens » et de « République » et m’a mis au défi de rédiger un message sans employer ces termes.
Comme ne le dira jamais Christian Vanneste : « si l’on y prend pas garde, dans quelques années les mots : Liberté, Egalité, Fraternité, Solidarité, Citoyenneté, France, deviendront des mots grossiers que personne ne sera autorisé à écrire ou à prononcer ». Il préfère dire que l’homosexualité constitue une menace pour la survie de l’humanité…
Si les français de 2007 sont prêts à tout entendre, la liberté dite d’expression emprisonnera la société dans la régression intellectuelle. C’est sans doute l’idée génétique défendue par Nicolas Sarkozy lors de sa campagne électorale…
Lorsque j’ai annoncé récemment mon entrée en RESISTANCE CITOYENNE, je n’avais pas la prétention de croire que cela deviendrai presque aussi rapidement une mesure de sauvegarde. Le texte de Serge Hefez est un acte de RESISTANCE et de DELATION CITOYENNE. Rien que pour cela, il mérite mon soutien le plus total.
Régis Sada
Pendant les cérémonies, l’homophobie continue… - Serge Hefez – Familles, je vous haime
Le 17 mai, jour anniversaire de la suppression en 1990 de l’homosexualité de la liste des maladies mentales dressée par l’OMS, débats, projections de films, réunions publiques ont célébré dans une cinquantaine de pays la troisième journée mondiale de lutte contre l’homophobie.
Si les actes homophobes ne sont pas recensés officiellement en tant que tels, l’association SOS-Homophobie a recueilli 1332 témoignages en 2006, soit une augmentation de 10% par rapport à 2005 (voir Libération) Le nombre d’agressions physiques, trois par semaine, est lui aussi en augmentation : 17% par rapport à 2005. Ainsi, selon la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité, 40% des homosexuels disent avoir été victimes d’actes ou de propos homophobes sur leur lieu de travail.
L’universitaire Louis-Georges Tin, président du comité IDAHO (International Day against homophobia) a lancé en 2006 une pétition en faveur de la dépénalisation universelle de l’homosexualité : aujourd’hui, plus de 70 Etats condamnent encore l’homosexualité, et dans une dizaine de pays la sanction prévue par les textes est la peine de mort. La Pologne a voté cette semaine un amendement pour lutter «contre la propagation de l’homosexualité».
J’ai préfacé il y a deux ans le livre d’Eric Verdier et Jean-Marie Firdion Homosexualité et suicide. Les auteurs montrent que toutes les études internationales concordent : les jeunes homosexuels ont six à treize fois plus de risques de commettre une tentative de suicide que les jeunes hétérosexuels.
Et pourtant, beaucoup d’entre vous pensent certainement que l’homosexualité n’est plus une tragédie dans notre pays. Des ministres, des hommes politiques, des intellectuels, des artistes, des vedettes du Loft ou autres télé-réalités font chaque jour publiquement état de leur choix de vie. Avec de plus en plus de simplicité et de tranquillité.
Pourtant la visibilité actuelle de l’homosexualité procure paradoxalement aux adolescents taraudés par le désir homosexuel un sentiment de grande étrangeté, peut-être équivalent à celui éprouvé par ces centaines de réfugiés qui viennent échouer à nos frontières. Savoir qu’il existe un ailleurs où l’on peut manger à sa guise, se soigner et avoir chaud. Mais que pour le moment il faut attendre, et affronter un quotidien difficile. Nous l’avions évoqué à propos de la recrudescence des contaminations par le VIH.
De fait, le jeune qui se découvre est confronté à deux groupes sociaux au sein desquels l’homosexualité reste indicible : sa famille —et il sait à quel point son orientation va être pour ses parents une épreuve— et son groupe de pairs —encore animé à cet âge par l’hyper conformisme caractéristique des bandes d’adolescents. Car l’homophobie ne s’exprime pas forcément sous forme de coups ou d’insultes.
Ainsi Christophe, un de mes jeunes patients de 17 ans qui se rend tous les jours à son lycée l’angoisse au ventre. Il n’a jamais reçu été insulté, il n’a jamais été inquiété. Mais une camarade qui vient d’arriver dans son établissement est «au courant» car elle l’a connu avec un ami gay pendant les dernières vacances. Bien sûr, elle lui a juré de ne rien dire, mais il suffit que par étourderie elle en parle à une amie, qui le répétera à untel ou unetelle, et Christophe sait qu’il est foutu. Il n’envisage même pas de remettre les pieds dans ce lycée, qui est pourtant réputé pour sa bonne ambiance. La vie quotidienne de Christophe est un enfer, il surveille tous les regards, traque le moindre sous-entendu. S’il a appris au cours de nos séances à ne pas avoir honte de ce qu’il est et à s’affirmer, qui peut le rassurer sur cette réalité qui est celle de tous les jeunes homosexuels du monde ?
Pour la plupart des homosexuels qui reviennent sur les péripéties de leur enfance, et même pour les plus affirmés d’entre eux, ceux pour qui la fierté et la reconnaissance de leur identité est une réalité conquise, ressurgit un passé cristallisé autour du secret, de la honte et de la dissimulation.
Si dépression, suicide et homosexualité se conjuguent avec une telle évidence, c’est au nom d’une logique qui s’enracine dans les limbes de la vie psychique : comment le désir homosexuel a-t-il été perçu, accepté, partagé depuis la plus tendre enfance ?
Beaucoup peuvent acquérir l’habitude de se couper en deux, de dénier leurs sentiments, de se sentir en porte-à-faux dans tous les champs de leur vie psychique. Tout au long de ces traumatismes quotidiens liés au rejet social, l’identification à l’agresseur n’est pas loin : on a vite fait d’adopter une merveilleuse ironie sur soi-même et sur la vie en général. Si les gays ont vis-à-vis d’eux-mêmes la dent si dure, c’est qu’ils ont depuis longtemps acquis du métier à cet exercice. La plupart des homosexuels passent, ne seraient-ce que quelques années, par ce bouleversement profond qui leur fait intérioriser la honte de soi et cultiver des sentiments négatifs. Soumis à une attente interminable, leur désir n'a aucune possibilité de se dire ou de s'épanouir au contact d'autrui. Il devient un élément encombrant, un corps mort, abject dont on aimerait bien se débarrasser. C'est ce que l'on appelle communément «l'homophobie intériorisée».
Se sentir fier de soi dans tous les aspects de sa vie psychologique et émotionnelle n’est une mince affaire pour personne, mais dans le cas qui nous occupe, chaque expérimentation de perte, de conflit, de rupture risque de réactiver dans un télescopage actuel ces mécanismes précoces d’intériorisation du rejet social, et ce sont toutes les blessures de l’enfance qui ne demandent qu’à se rouvrir.
La «préférence» homosexuelle a ceci de particulier par rapport à d’autres goûts ou d’autres orientations qu’elle va «coller» à l’identité de l’adolescent, recouvrir toute autre préférence ou aspiration pour effectuer une véritable centration identitaire. Ici aussi, ce «collage» est de nature sociale envers un jeune qui n’en demande pas tant. Il revient en permanence sous forme de dérision ou d’insulte rappeler une identité qui le plus souvent ne s’est même pas encore matérialisée par un aveu ou par des actes. Une forme de mort est incontestablement d’enfermer quelqu’un dans son identité.
La question de la honte sociale liée à l’homophobie et au secret surgit très rapidement au cours des psychothérapies, si on y est attentif, même chez ceux qui pensent que c’est une affaire réglée depuis longtemps. C’est peut-être vrai socialement, mais pas psychiquement. Le fait de l’énoncer permet de montrer comment ces mécanismes sournois de rejet, d’attaque des liens et de dissimulation peuvent encore être actifs et peser à l’insu dans la vie présente, même si l’impression demeure qu’ils ont été dépassés, qu’ils n’existent plus.
Si l’expression quotidienne et banale de l’homophobie ne se résoudra pas uniquement à coup de textes de lois, il va de soi que l’égalité des droits pour le mariage comme pour la filiation est une étape fondamentale vers la visibilité et la «normalisation». L’évolution de la famille fait qu’aujourd’hui des centaines d’enfants sont élevés par deux parents dont un des deux n’a aucun statut légal.
Rappelons à cet égard que notre nouveau président est un fervent opposant à l’homoparentalité. Et que Christian Vanneste, condamné en janvier pour injures homophobes, est candidat CNI-UMP aux législatives.
Mais ils ne sont pas les seuls. Et certains de mes confrères s’illustrent avec brio à cet exercice.
Depuis que les homosexuels n’incarnent plus la race maudite du pervers sublime cher à Foucault ou à Genet, et que leurs aspirations peuvent s’exprimer davantage en termes d’intégration, de couple, voire de famille, une nouvelle forme d’homophobie, bien plus sournoise s’énonce en effet au nom d’un savoir scientifique qui ne repose que sur des opinions et des a priori affectifs. Les homosexuels sont des clones, atteints de troubles narcissiques, incapables de respecter la différence anatomique des sexes. Les anathèmes fleurissent et les pires catastrophes sont prédites à la société occidentale. Des psychanalystes parmi les plus sérieux se sont lancés dans une véritable croisade médiatique au nom d’une paternité symbolique menacée par le nouvel ordre homosexuel.
Les débats intenses menés sur le Pacs, puis sur l’adoption, ne s’articulent qu’autour de l’enjeu central d’une redéfinition de la figure et du statut de l’homosexuel seul ou en couple dans notre société. Rappelons que la psychanalyse n’a pas pour fonction de dire la norme, mais d’aider les individus à vivre au mieux leurs désirs et leur choix.
La santé psychique de millions d’adolescents ne tient à présent qu’aux conditions de leur visibilité.
Serge Hefez
Blog : Familles, je vous haime…
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