10 juin 2009

Pourquoi le don du sang reste interdit aux homosexuels français ?

 

don_du_sang_homosexuels.jpg

 

 

Communiqué de presse du 10/06/2009 des Elus Contre le Sida

Le don du sang : un don de soi ... interdit à vie aux homosexuels alors que 76% des français y sont favorables !

Les responsables politiques : une fois de plus un décalage avec les Français

Le 14 juin marquera la 6ème Journée mondiale des donneurs de sang. L'objectif de cet évènement est de promouvoir, auprès du grand public, une cause noble: le don du sang. Les besoins étant de plus en plus importants (la consommation de produits sanguins augmente en moyenne de 5% chaque année), il est essentiel de faire ce simple geste afin de sauver des vies et d'aider les malades à recouvrer la santé. Geste noble s'il en est, le don du sang n'est pas un droit. Aussi, pour assurer la sécurité sanitaire, le don du sang est notamment interdit aux personnes ayant des comportements à risque. Bien évidemment normal si l'on se base sur des critères de santé public, intolérable si l'exclusion est motivé par des préjugés !

Ainsi, les personnes homosexuelles sont interdites à vie du don du sang... sans qu'une quelconque question relative à leur comportement leur soit posée lors du questionnaire préalable à tout don! Une discrimination criante ! Rappelons qu'un hétérosexuel qui aurait des conduites à risques serait écarté provisoirement... et non pas définitivement comme un homosexuel. C'est pour cela que Jean-Luc Romero, président d'Elus Locaux Contre le Sida, demande depuis longtemps que le concept de « populations à risques » porté par la circulaire de 1983 fondant l'exclusion des homosexuels de la collecte, soit remplacé celui de « conduites à risques ». Ce faisant, il demande simplement que les mêmes conditions soient appliquées aux homosexuels et aux hétérosexuels. C'est bien l'analyse du comportement qui permet d'assurer la sécurité transfusionnelle ! A moins que l'on considère que l'homosexualité en elle-même est une conduite à risques ...

Cette proposition a reçu un aval juridique (cf. délibération de la HALDE de février 2006 sur saisine de Jean-Luc Romero) et surtout politique avec l'engagement de Xavier Bertrand, alors ministre de la santé qui s'était engagé publiquement à revenir sur cette interdiction, la qualifiant de discriminatoire. Depuis, l'interdiction été confirmée par l'actuelle ministre de la santé ....

Pourtant, selon les résultats d'une enquête BVA publiée aujourd'hui, 76% des français estiment injustifiées cette interdiction opposée aux personnes homosexuelles de donner leur sang.

La classe politique est en retard sur l'opinion des français sur cette question mais également sur bien des questions sociétales - on peut penser également à l'euthanasie-. N'est-il pas enfin temps que la classe politique vive avec son temps ?

Pour mémoire, la Russie, dont on raille souvent le caractère réactionnaire, a autorisé le don du sang aux homosexuels et cela il y a plus d'un an ... D'autres pays européens l'ont également fait, notamment le Portugal.

A l'heure où le sang manque cruellement - l'EFS s'en fait l'écho plusieurs fois par an - il n'est pas raisonnable sur le plan sanitaire de maintenir l'interdiction du don du sang aux personnes homosexuelles. Si une mesure est bien dangereuse sur le plan de la santé publique, c'est bien d'empêcher, à cause de préjugés, une partie de la population de donner leur sang !

24 avril 2009

Pourquoi l’enquête PREVAGAY est contraire à la morale ?

prevagay_lutte sida.jpg

 

Le bon vieux temps du fichage et du collage d'étiquette est de retour. Parfois il arrive d'une manière honteusement détournée sous couvert d'une enquête pour la recherche médicale. On a besoin d'estimer.....toujours estimer....

Le 14 janvier 2009, la Ministre de la Santé Roselyne Bachelot a une nouvelle fois justifier l'écartement préventif des homosexuels du don du sang, en justifiant sa décision par un devoir de précaution estimant que les risques d'une éventuelle contamination étaient trop élevés.

Du 28 avril au 5 juin 2009, le SNEG (Syndicat National des Entreprises Gays), l'INVS (Institut National de Veille Sanitaire) et l'ANRS (Association Nationale de Recherche sur le Sida et les Hépatites Virales) s'associent étrangement pour lancer une grande enquête de prévalence du VIH auprès des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes.

Voici le texte de présentation sur le site PREVAGAY :

« En effet, depuis le début de l'épidémie, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes restent largement touchés par le VIH-sida. En Europe et en France, la situation est préoccupante puisque les rapports homosexuels masculins sont le seul mode de contamination pour lequel aucune baisse des nouveaux diagnostics n'a été enregistrée depuis le début des années 2000. Parallèlement, on constate une recrudescence des comportements sexuels à risque et une augmentation des infections sexuellement transmissibles.

Première du genre en France, cette enquête baptisée « Prevagay » sera réalisée au sein de la population des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes qui fréquentent des établissements gay parisiens. L'objectif de Prevagay est d'estimer la prévalence des infections par le VIH et les virus des hépatites virales B et C. Elle permettra également de déterminer le nombre d'hommes récemment contaminés parmi ceux séropositifs pour le VIH et de décrire les comportements sexuels à risque associés à une séropositivité aux VIH, VHC et VHB.

Cette enquête est soutenue par plusieurs associations de lutte contre le sida (ACT UP, AIDES, LE KIOSQUE, SIDA INFO SERVICE). Elle se déroulera du 28 avril au 6 juin 2009 dans une dizaine d'établissements volontaires parisiens (bars, saunas, backrooms). Il sera proposé aux clients présents dans ces lieux de participer à l'enquête, après avoir reçu une information préalable et donné un consentement. »

J'avoue ne pas comprendre et très mal accepter que des associations qui entendent défendre une reconnaissance et les droits des citoyens homosexuels en France, soutiennent et s'associent à ce que je considère comme une atteinte à la dignité morale des gays.

La République n'applique pas le principe d'égalité des droits. On refuse le don du sang aux homosexuels au nom du devoir de précaution. On refuse ou on trépigne sur les questions de l'adoption, et l'on accepte d'envoyer un message à la société en disant : « les gays ont des pratiques sexuelles à risque et il est nécessaire de l'évaluer » !

Je doute que ce genre de stigmatisation honteuse aide à faire progresser les mentalités et à considérer une bonne fois pour toutes que les gays n'ont pas de comportements plus « dépravés » ou aussi dangereux que les hétérosexuels. A une différence bien réelle : les gays n'ont pas l'art de le camoufler aussi bien que les hétérosexuels !

Cette enquête est mal venue, déplacée et contraire à tous les combats que les citoyens homosexuels français mènent depuis des années. Les associations qui soutiennent cette initiative n'ont pas mesuré les conséquences et se sont lourdement trompé.

Une enquête sur le nombre d'hétéros qui se grattent les parties devant un match de foot, ça intéresse l'INVS ?

Régis Sada

11:39 Publié dans Garçonnière & Homosexualité ? | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : politique, gay, prevagay, sida, sneg, anrs, invs, santé, dondusang | |  Facebook

15 janvier 2009

Pourquoi si t’es « PD » ton sang reste suspect ?

 

 

 

don du sang gay.jpg

 

Pour beaucoup de lecteurs le titre de ce post volontairement provocateur semblera déplacé. C’est toutefois le sentiment qui m’anime après la décision du Ministère de la Santé d’appliquer la directive européenne imposant aux Etats membres la rédaction d’un arrêté sur la sélection des donneurs de sang.

 

Cette décision intervient au moment même où comme tous les ans à pareille époque, l’Etablissement Français du Sang tire le signal d’alarme devant la baisse constante des dons alors que les besoins sont en plein essor.

 

La ministre de la Santé Roselyne Bachelot justifie la décision d’écarter –une nouvelle fois- de la liste potentielle des donneurs potentiels les hommes homosexuels estimant qu’après une étude menée par des experts et des agences sanitaires, les résultats épidémiologiques attestent qu’entre 10% et 18% des gays sont contaminés contre 0,2% chez les hétérosexuels. Appliquant le principe de précaution devant un risque trop élevé, les homosexuels français ne peuvent donc pas donner leur sang.

 

Je ne jette pas l’opprobre sur Roselyne Bachelot qu’aucune association LGBT ne pourra taxer d’homophobe. Elle a en de nombreuses occasions comme sur le PACS ou dans l’affaire de Christian Vanneste, apporté courageusement un soutien inconditionnel à la cause homosexuelle. Je n’aimerais pas être à sa place. C’est aussi cela parfois, assumer les responsabilités qui sont les siennes.

 

Non, je n’exprime ici que de profonds regrets car j’ai moi-même subi cette interdiction en deux fois lorsque j’ai souhaité donner mon sang, extrêmement rare, un sang B négatif. Ma grand-mère paternelle était AB négatif (1% de la population mondiale) et comme mon père je suis du groupe B négatif (2% de la population mondiale).

 

Le don du sang est une tradition familiale. A 35 ans à peine, mon frère ainé est médaille d’or du don de sang….comme mon père. Donner son sang relève d’un acte civique et solidaire. Je souffre d’être empêché d’avoir la fierté de donner mon sang sans assumer ma sexualité.

 

Le Portugal vient de lever cette contre-indication, la France elle une nouvelle fois rechigne ! Que faut-il donc penser de ces donneurs potentiels que l’on refoule par centaines en laissant planer le doute sur la qualité du sang qu’ils souhaitent donner ?

 

« T’es PD donc t’es potentiellement contaminé ! » : celle-là on ne me la fera pas avaler. Joli message adressé qui favorisera sans doute la lutte contre les discriminations. Ce climat entretenu de perpétuelle suspicion nous ramène à une époque pas si lointaine où la sélection rimait avec épuration. Non, cette France qui juge, je ne l’aime vraiment pas !

 

Régis Sada