12 août 2011
Pourquoi les prisons surpeuplées ou peuple suremprisonné ?

C’est presque historique ! Jamais autant qu’en cette année 2011, les conditions de détention en France n’auront connues un tel battage médiatique ! Si nos prisons n’ont pas encore réussi à détrôner Secret Story sur TF1 et à la télévision en général (à l’exception notable de Prison Valley diffusé sur Arte et la série américaine l’Enfer des prisons diffusée sur National Geographic Channel), elles font régulièrement la une des colonnes de la presse écrite.
L’exemple le plus fort est sans doute le journal Le Monde qui leur consacre un dossier spécial et fait plancher régulièrement ses journalistes sur les problématiques rencontrées par celles-ci. L’un d’entres-eux, Franck Johannès, alimente son blog « Libertés Surveillées – garantir les droits dans un monde inquiet » à partir des sujets liés à la détention, à la Justice et à la défense des libertés individuelles.
Noyé au milieu d’une actualité très riche depuis le début de l’année, c’est logiquement au cœur de l’été que l’on remarque que l’on a jamais autant parlé des prisons françaises –et de leurs dysfonctionnements permanents- que depuis les deux années qui viennent de s’écouler. Faut-il y voir un simple hasard ou une volonté affichée de faire bouger les lignes ? Quoi qu’il en soit, le travail mené par les associations comme l’Observatoire International des Prisons ou Ban Public se trouve ainsi justement récompensé : dénoncer l’inacceptable et briser l’omerta de l’Etat sur ce sujet !
Nouvel éditorial du journal Le Monde du 04/08/2011
Il y a une dizaine d'années, une commission d'enquête parlementaire dressait un constat accablant de la situation des prisons françaises : "Une humiliation pour la République", concluait son rapport, resté dans les annales. En juin 2009, à nouveau, le président de la République avait solennellement sonné l'alarme : notre situation pénitentiaire est "une honte pour la République", avait déclaré Nicolas Sarkozy devant le Congrès.
Il faut croire que la France s'habitue à cette humiliation et que ses pouvoirs publics ne rougissent plus de cette honte. Au 1er juillet, en effet, 73 320 personnes étaient placées sous écrou dans notre pays. Le chiffre - en augmentation de 50 % en dix ans - est un record absolu dans l'histoire de la pénitentiaire.
Le nombre de personnes sous écrou ne se confond pas avec celui des détenus ; 18 % des condamnés bénéficient d'un aménagement de peine, comme le bracelet électronique. Reste que près de 65.000 personnes sont incarcérées en France, dans des conditions trop souvent indignes.
Certes, des efforts budgétaires ont été consentis par les gouvernements successifs et les plus vieux établissements, construits avant 1900, vont être progressivement fermés. La chancellerie table sur 70.000 places en 2018, contre 56.000 aujourd'hui. Mais le programme immobilier ne résoudra rien : le nombre de personnes sous écrou a augmenté de près de 7 % cette année, et la surpopulation carcérale est endémique.
La cause de cette inflation pénitentiaire est simple : on emprisonne chaque jour davantage, et pour les délits de moins en moins graves. A cet égard, la responsabilité de l'actuel pouvoir exécutif, et en particulier du chef de l'Etat, est lourde. L'empilement de lois alourdissant les peines, la dénonciation incessante du prétendu "laxisme" des juges, la pression constante exercée sur les parquets banalisent de plus en plus l'emprisonnement.
L'affaire de Pornic a, incontestablement, marqué un tournant. Après le meurtre affreux de la jeune Laëtitia en janvier, Nicolas Sarkozy avait vivement mis en cause les magistrats et les fonctionnaires d'insertion qui, faute de moyens, n'avaient pas assuré le suivi de celui qui est devenu son assassin. Les multiples enquêtes sur les magistrats de Nantes n'ont pas donné grand-chose, mais le message est passé. Les mises à exécution de peines d'un an à moins de trois ans ont augmenté de 50 % : dans le doute, les juges envoient désormais les petits délinquants en prison, où la situation était déjà intenable.
Il faut donc relever le courage du procureur de Dunkerque qui a osé demander, récemment, la suspension des écrous pour les délits les moins graves pendant le mois d'août, avant d'être rappelé à l'ordre par la chancellerie.
"On nous dit que les prisons sont surpeuplées, écrivait Michel Foucault en 1971. Mais si c'était la population qui était suremprisonnée ?" La question est plus pertinente que jamais : il y avait, à l'époque, 29 500 personnes en prison ; elles sont aujourd'hui plus du double.
A la manière d’Albert Camus : « J'ai compris qu'il ne suffisait pas de dénoncer l'injustice, il fallait donner sa vie pour la combattre ».
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24 mars 2009
Pourquoi le printemps des libertés rend Manuel Valls mélancolique ?

« Printemps des libertés : Préférer l’éthique à l’épique » c’est le titre du texte qu’a fait paraitre le Député-maire PS d’Evry Manuel Valls sur son blog samedi dernier, au moment où le Parti Socialiste tenait son meeting sur le même thème demi-teinte au Zénith de Paris devant une salle de 1.500 militants contre 3.000 espérés.
Cette réunion beaucoup commentée et largement comparée à celle tenue quelques mois plus tôt par Ségolène Royal, était la suite annoncée d’un ouvrage édité par le Parti Socialiste « La France en libertés surveillées – la République en danger » qui dresse un constat acide des actions menées par Nicolas Sarkozy depuis son arrivée à l’Elysée.
Manuel Valls exprime son sentiment sur cet ouvrage en refusant – une fois de plus – que le PS sombre selon ses propres termes dans le « gauchisme infantile ou l’anti-sarkozysme obsessionnel ». Il prend également clairement position contre certaines décisions liées à la future loi pénale, à la politique d’immigration, l’approche managériale des débats du Parlement ou encore le faux choix entre la liberté et la sécurité. Toutefois, il nuance l’éventuel mouvement de régression des droits ou un quelconque risque d’étouffement des contre-pouvoirs reprochés au Président de la République par le PS.
Selon Manuel Valls, cette croisade menée contre Nicolas Sarkozy est l’arbre qui cache la forêt d’une opposition qui peine à se reconstruire et qui souffre de ses défaites répétées aux différents scrutins nationaux. Depuis la parution de ce texte, le Députée de l’Essonne reçoit de chaleureux encouragements (plutôt à droite) et de sévères remontrances (plutôt à gauche). Un texte aussi commenté est déjà en soi une forme de réussite.
En socialiste-libéral revendiqué je ne joindrais pas ma voix à certains de ses détracteurs qui n’ont pour seul argument à opposer à Manuel Valls son adoration pour Nicolas Sarkozy ou sa dérive droitière. Certaines de ses thèses viennent appuyer le texte que j’ai écrit en 2005 dans un ouvrage commun « Pour une République de droits et de devoirs ».
Oui, le Parti Socialiste (et la gauche en général), ne peut plus se payer le luxe d’un repli identitaire qui l’amènera à siéger dans l’opposition pour les vingt prochaines années. Les français attendent plus que de vagues incantations et de permanentes dénonciations. Ils sont devenus exigeants et beaucoup aspirent voir l’émergence d’un PS aussi audacieux que celui qui a conduit François Mitterrand aux portes de l’Elysée en 1981.
Cette audace érigée en forme de courage politique, lui permettrait sans doute d’être mieux « armé » pour endiguer l’inflation d’Olivier Besançenot et du NPA au sein de ce peuple de gauche perdu au milieu d’un océan de désillusions passées et d’espérances futures.
Oui, Manuel Valls a raison d’encourager les socialistes à repenser les réponses qu’ils souhaitent apporter aux français sans tomber dans une bataille de clichés souvent passéistes ou en niant certaines évolutions de la société. Il est à ce jour l’un des rares responsables au niveau national à s’élever contre la pensée socialiste unique qui a fini par ravager tant les esprits de ses militants que le Parti lui-même.
Mais dans le même temps, Manuel Valls ne doit pas sous-estimer tout le « mal » que Nicolas Sarkozy fait à la France lorsqu’il fait adopter des mesures mal ficelées pour répondre à l’émotion du moment où lorsque certaines de ses postures font rejaillir des débats d’un autre temps qui jettent les français du haut contre ceux du bas.
La vision tout sécuritaire, des propos à l’emporte pièce, des positions parfois litigieuses vis-à-vis d’une laïcité pourtant revendiquée, un déballage malsain de richesses camouflées (le style bling-bling) ou le retour souhaité à un ordre moral tant au niveau culturel qu’à celui des media, ne sont pas des signaux positifs à envoyer à un Peuple qui souhaite voir des réformes à engager par nécessité, mais qui aspire avant tout à être respecté par celui qui a été élu pour incarner le juste équilibre entre tradition et modernité.
Le PS a sans doute volontairement noirci le trait de certains points dans son ouvrage sur les libertés, se renvoyant ainsi le reflet de certaines de ses erreurs passées. Nicolas Sarkozy ne peut être tenu responsable de tous les maux dont la France souffre aujourd’hui, mais je doute du caractère bénéfique du fait de tout accepter, de dire Amen à toutes les décisions ou à considérer que les français payent, au final, le juste prix des réformes non engagées dans le passé.
Le Zénith du PS est un joujou politicien trop intellectuel et mal pensé. Son échec est le résultat d’une chronique annoncée. En pleine crise mondiale et au moment où les français sont confrontés à un nouvel épisode de chômage de masse, seules les considérations liées à la consommation et au sauvetage des emplois trouvent un écho favorable.
Les libertés sont certes grignotées mais ne sont pas en danger. Elles sont à l’image d’une politique du moment. D’autres moments plus favorables viendront. Nicolas Sarkozy procède à des tests sans jamais aller complètement au fond des choses. Non par renoncement, mais en ayant conscience que la France de mai 2007 n’est plus celle de 2009, et que dans un période aussi trouble les français sont capables de bien des révolutions…
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28 août 2008
Pourquoi les français sont-ils devenus individualistes, égoïstes et narcissiques ?
Université du MEDEF – L’opinion publique : titan ou tyran ?
Salle comble ! On se marche un peu dessus, mais c’est vrai qu’avec les intervenants présents et le sujet abordé on supporte…..
Pris en cours de route, le débat s’est beaucoup concentré sur la force de la télévision et des images que nous mangeons chaque jour lors du grand rendez-vous de 20H00. C’est vrai que pour bon nombre de français c’est l’une des rares sources d’information.
J’écoute tout d’abord Xavier Bertrand, Ministre du travail et des Relations Sociales : qui dit sans sourire que les français ont un besoin incurable de pédagogie et qu’ils sont demandeurs pour l’explication des mesures. Sympa Xavier mais un brin langue de bois sur ce coup.
Ca sonne beaucoup mieux quant il parle d’expliquer aux français pourquoi il est nécessaire de réformer dans notre pays, de leur dire la vérité et de leur faire comprendre –sans le dire- que ne rien changer conduira forcément à leur perte à moyen terme. Il affirme aussi que les medias se gavent des effets d’annonce et qu’ils se moquent des explications de texte. Bien vu….
Il fait un clin d’œil sur la dernière campagne présidentielle en rappelant que les français ont face à eux des leaders d’opinion qui se divisent en deux catégories distinctes : ceux qui suivent leurs convictions (Sarkozy ?) et ceux qui suivent l’opinion (Ségolène ?). Merci Xavier et désolé…..j’ai suivi l’opinion l’an dernier…..je ne sais pas ce qui m’a pris !
Ensuite, je regrette presque les mots de Matthieu Ricard, Moine bouddhiste : qui nous rappelle cruellement que l’opinion publique se forge uniquement sur les images que la télévision diffuse. Lorsque les caméras s’éteignent : l’intérêt s’éteint avec !
Si TF1 pense à arrêter plus souvent de diffuser les images de la Star Ac’ je ne serai pas fâché….
Il parle du Tibet ou de la Birmanie…..ces terres lointaines où la répression s’exerce chaque jour, chassées des esprits par l’arrivée des Jeux Olympiques à Pékin. Il parle aussi de ces 800 millions de personnes qui crèvent la dalle à travers le monde……ah oui c’est vrai, à ce moment là Claire Chazal nous a parlé de la crise de la vache folle…..chacun ses priorités !
J’exulte enfin avec les suggestions d’Henri Weber, Député Européen PS, qui sonnent comme une forme de vérité :
J’l’aime bien l’ami Riton. On partage un peu le même parcours : on n’est partis de la gauche de la gauche pour s’ouvrir à une pensée beaucoup plus réaliste (désolé papa) ! Comme lui, j’ai bien aimé les meetings de la LCR….un temps…..maintenant c’est fini j’ai grandi…..ou vieilli !
Un « écoutant » lie les variables de l’opinion à l’idée de démocratie. L’ami Riton est désigné pour philosopher sur la question, et là, j’l’avoue, il m’a soufflé le Député ! Il a osé dire tout haut « ses » dangers qui guettent notre démocratie.
Selon lui, le principe inscrit dans notre Constitution qui clame haut et fort : « Gouvernement du Peuple, par le Peuple et pour Peuple » est désormais à ranger au rayon d’une vaste fumisterie organisée. Il poursuit par le fait qu’il est malhonnête de continuer à faire croire que tous les citoyens sont assez égaux ou assez matures pour décider de leur propre destinée. Il insiste sur le rôle des partis politiques qui doivent dire aux citoyens que seule la compétence est indispensable à la progression de notre société.
Henri Weber n’hésite pas à dire que l’idée même de démocratie que nous défendons bec et ongles, et une idée que nous avons travestie et pervertie au fil du temps. L’opinion se guide lui-même certes, mais au moyen des éléments visuels et intellectuels que les élites daignent bien vouloir leur donner. Les medias et les sondages en sont selon lui, grandement responsables.
Au final il donne une définition précise des dangers qui guettent notre démocratie : A trop vouloir donner de libertés aux français, à trop vouloir permettre au lieu d’interdire, à trop vouloir défendre des droits ou des acquis indéfendables, à trop vouloir promettre l’égalité des chances tout en bonifiant l’élitisme intellectuel, n’a-t-on pas prise la France en otage de ses grands principes en contribuant à la déresponsabilisation de ses citoyens ?
Henri Weber conclura non sans regrets, par une triste évidence à laquelle je me suis rendue : dans une société moderne les gens sont la source de leurs propres valeurs. Aujourd’hui dans notre France, cette démocratie, cette opinion publique, ces valeurs…..de ces français que nous sommes ne sont-elles pas devenues : l’individualisme, l’égoïsme et le narcissisme destructrices de tout lien social ?
Régis Sada
09:05 Publié dans Université d'Eté Medef 2008 | Lien permanent | Envoyer cette note
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