16 juillet 2009

Pourquoi Manuel Valls a répondu à Martine Aubry ?

Manuel Valls répond sur son blog au courrier que lui adressé Martine Aubry, et dans lequel elle lui a demandé de se taire ou de quitter le Parti Socialiste pour cause de liberté d'expression et de parole en décalage avec l'orthodoxie prônée par la direction qu'elle a mise en place.

J'ai apporté mon soutien hier à Manuel Valls dans ce post. Les réactions ont été nombreuses et ont une nouvelle fois créé la zizanie au PS au profit d'un Nicolas Sarkozy qui n'en demande pas tant. La presse juge la lettre de Martine Aubry assez sévèrement et Laurent Joffrin de Libération rédige un éditorial taillé à la serpe.

Je retiens l'analyse de Pierre Moscovici ce matin sur l'antenne de France Info qui estime que le PS courait à sa perte. Il poursuit avec deux phrases emprunt d'une profonde réalité : "Essayons de rehausser le niveau de jeu du PS parce que tout ça est un peu désespérant" et "Soyons conscients que oui, si nous continuons comme ça, le Parti socialiste est une entité périssable."

Je récapitule où tout le monde a compris ?

Régis Sada

 

manuel valls.jpgREPONSE A MARTINE AUBRY

« Chère Martine,

J'ai lu avec étonnement la lettre dans laquelle tu m'adresses tes amitiés et m'enjoins... de me taire ou de quitter le Parti socialiste.

J'ai conscience des difficultés de ton rôle et de sa part ingrate. Personne n'a oublié les circonstances exceptionnelles de notre dernier congrès. Beaucoup de forces se sont alors mobilisées pour étouffer l'indispensable démarche de rénovation. Après le désastre électoral du 7 juin dernier, je ne suis pas étonné que ces mêmes forces te demandent aujourd'hui d'imposer le silence dans les rangs.

Je suis surpris, par contre, par la méthode. Pourquoi avoir transmis simultanément ta lettre à la rédaction du Parisien ? L'objectif affiché par ton courrier n'est-il pas de clore l'ensemble de nos débats à l'abri des huis clos ? L'urgence était-elle donc telle qu'il ait fallu reprendre la plume pour masquer le cuisant échec d'une récente initiative épistolaire à l'attention des autres partis de gauche ?

Mais je veux te répondre sur l'essentiel.

Tu me soupçonnes « d'espérer la fin du Parti socialiste ». J'y suis rentré à l'âge de 18 ans et j'y consacre ma vie. Sans jamais renoncer à mes convictions, j'y ai exercé de multiples responsabilités et j'en suis l'élu depuis 1986. Et contrairement à certains qui s'érigent aujourd'hui en grands sages, j'ai toujours respecté, quoiqu'il ait pu m'en coûter, le choix des militants et les règles de vote de notre groupe parlementaire dont je suis aussi l'un des animateurs.

Ton procès d'intention relève donc, au mieux, de la désinformation et, au pire, de l'insulte. S'il y a une chose dont j'espère la fin, ce n'est pas celle d'une formation qui garde encore l'honneur d'être le pivot de la gauche ; c'est celle d'une machine à perdre qui détruit l'espoir mis par nos concitoyens dans le progrès social.

Tu affirmes que notre « parti s'est remis au travail, s'est ouvert sur la société et a su porter des propositions fortes » depuis le congrès de Reims. Malgré un dévouement et une bonne volonté  que je ne mets pas en cause, force est pourtant de constater, pour l'heure, que ce travail et ces propositions n'ont pas convaincu nos compatriotes. Je suis frappé que tu n'évoques nulle part, dans ta lettre, les résultats du scrutin européen. Pourquoi un tel déni ? Faut-il que le désaveu ait été si cruel pour justifier un tel refoulement ?

Il est vain de m'accuser qu'« il n'y a pas un jour, où [je] n'explique [...] que notre parti est en crise profonde ». La crise de notre parti - qui est aussi celle de la social-démocratie européenne - n'est pas de mon fait ; elle a été établie et sanctionnée par nos concitoyens eux-mêmes lors de toutes les échéances électorales majeures depuis 2002. Et si cette vérité dérange notre confort et nos certitudes, je prendrai toujours le risque, pour ma part - et avec bien d'autres - de l'assumer. Quel que soit le prix à payer, je ne me ferai pas le silencieux complice de l'aveuglement. C'est un choix éthique qui relève de ma conscience et qui donne sens à mon engagement. Je te confirme donc que mes propos reflètent bien ma pensée !

Il est également malhonnête de sous-entendre que je réserve ma parole « aux médias ». Avec une égale constance, je m'exprime à l'intérieur comme à l'extérieur de notre parti. Et si cette parole rencontre davantage d'écho hors les murs, c'est qu'elle entre en résonance avec des aspirations et des interrogations que l'on voudrait bien étouffer.

Ma chère Martine, tu l'auras compris, je ne renoncerai donc jamais à l'ambition collective de définir un nouveau projet pour la gauche - d'autant que je suis convaincu que nous pouvons gagner en 2012 et battre Nicolas Sarkozy. A travers mes ouvrages et mon expression publique, sans vouloir imposer une vérité, je me place toujours sur le terrain des idées et des propositions : école, retraites, sécurité, culture, entreprise, nouvelle ville...

C'est cet effort que j'ai souhaité amplifier - et je tiens à t'adresser, une nouvelle fois, mon intervention faite le mois dernier au Théâtre Michel ; et c'est cet effort que j'entends bien poursuivre au cours des prochaines années en m'appuyant sur l'expérience de nos élus locaux, la générosité de nos militants, l'attente de nos sympathisants et aussi sur les travaux de nos clubs de réflexions.

Oui, pour redonner une envie de gauche, je pense qu'il faut transformer profondément notre formation, l'ouvrir réellement à la société et être clair sur des alliances qui ne doivent pas être déterminées au cas par cas.

L'idée selon laquelle un parti peut être à lui-seul porteur d'un projet clé en main pour transformer la société est aujourd'hui dépassée. Son action est désormais plus horizontale que verticale à l'instar de la révolution internet. La mise en place de primaires s'inscrit parfaitement dans cette évolution. A la lecture de ta lettre, je ne te cache pas ma profonde inquiétude sur ta conception très datée du parti.

Pour la gauche, l'urgence est de redessiner, avec les français, une perspective qui suscite, à nouveau, l'espérance. En partant de notre traditionnelle ligne de clivage avec la droite - l'appréciation différente de l'origine des inégalités entre les hommes - je m'efforcerai, avec tous ceux qui voudront en faire l'effort, de jeter les bases d'un nouveau modèle de développement pour le 21ème siècle. Donner à chaque individu les moyens de son autonomie devrait devenir la nouvelle frontière de la gauche.

« Je me révolte donc nous sommes » disait Albert Camus. Par cette formule, il établissait une dialectique originale entre l'individuel et le collectif. J'espère que tu pourras aussi y voir, comme moi, une source d'encouragement et d'espoir.

Et puisque tu me sommes de donner une réponse claire à ton ultimatum, je t'informe que j'entends bien rester fidèle à mon poste, à ma famille politique et à mes valeurs.

Avec toute mon amitié,

Manuel Valls

Député Maire d'Evry »

 

10:57 Publié dans Décoder la politique ? | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : ps, gauche, opposition, manuel valls, martine aubry, politique | |  Facebook

15 juillet 2009

Pourquoi Martine Aubry sanctionne-t-elle Manuel Valls ?

logo_rainbow rose.jpgAbasourdi et dépité sont les deux premiers mots qui me viennent à l'esprit en lisant le contenu du courrier de Martine Aubry à Manuel Valls. Cette lettre de la Première Secrétaire sonne comme une exécution en règle et sans sommations, à moins que ce soit le Parti Socialiste lui-même qui soit porté à l'échafaud !

Ainsi donc, Martine Aubry rappelle que : « S'engager dans un Parti, c'est un acte d'adhésion à des valeurs et des pratiques communes, mais c'est aussi - qui plus est dans un parti démocratique comme le nôtre-, accepter de débattre en son sein, d'y apporter ses idées et ses réflexions, et lorsque la décision est prise de la respecter et la porter dans l'opinion. » et choisi dans le même temps de signifier à Manuel Valls (et aux militants et sympathisants qui le soutiennent) qu'il ne dispose que d'un seul droit : celui de la fermer !

Elle poursuit par : « On ne peut utiliser un Parti pour obtenir des mandats et des succès, en s'appuyant sur la force et la légitimité d'une organisation collective, et s'en affranchir pour exister dans les médias à des fins de promotion personnelle. On n'appartient pas à un Parti pour s'en servir mais pour le servir. Les militants et même les français exigent de nous du travail, du courage et des idées. ». Ravi de lire qu'être membre du PS n'est pas fait que pour obtenir des mandats et des succès. Faire de la politique n'est donc pas un métier. Certains de nos élus qui squattent le haut de l'affiche depuis plusieurs décennies seront désormais tenues de s'en souvenir. Je suis par contre très surpris de lire qu'être membre du PS implique de servir l'appareil plutôt que les français eux-mêmes !

Le passage sur « Les militants, eux, ont un souhait, c'est que tu mettes ton intelligence et ton engagement au service du Parti et donc des Français. Tes propos, loin d'apporter une solution, portent atteinte à tous les militants et à tous les dirigeants, qui aujourd'hui travaillent à retrouver la confiance avec nos concitoyens » relève en revanche d'une profonde imposture intellectuelle. Nombre de militants se sentent au contraire presque soulagés qu'un éléphanteau tienne la dragée haute aux anciens et qu'il porte une parole en phase avec les réalités vécues dans la France d'en bas. Je fais partie de ces militants -et de nombreux autres français de gauche- qui remercient Manuel Valls de leur faire croire dans une autre réalité implacable de celle d'une réélection dans un fauteuil de Nicolas Sarkozy en 2012 !

Sans doute la phrase « Tu donnes l'impression d'attendre, voire d'espérer la fin du Parti Socialiste. » résonne comme une étrange réalité aux oreilles de Martine Aubry. Espérer la fin du Parti Socialiste ? Mais le Parti Socialiste, le vrai, celui qui faisait rêver de nombreux français, celui qui était porteur d'une certaine conception de la France, ce Parti Socialiste là existe-t-il toujours ? Le fait que nombre de militants ont avoué avoir préféré voter Europe Ecologie plutôt que PS aux élections européennes ne confirme t-il pas qu'ils doutent d'un sauvetage du Parti ?

La fin du courrier peut presque être jugé comme anticonstitutionnelle : « Mon cher Manuel, s'il s'agit pour toi de tirer la sonnette d'alarme par rapport à un Parti auquel tu tiens, alors tu dois cesser ces propos publics et apporter en notre sein tes idées et ton engagement. Si les propos que tu exprimes, reflètent profondément ta pensée, alors tu dois en tirer pleinement les conséquences et quitter le Parti Socialiste. Je ne peux, en tant que première secrétaire, accepter qu'il soit porté atteinte au travail que nous avons le devoir de réaliser. La discipline n'est pas la police des idées, mais la condition de la cohésion et de la réussite d'une équipe. C'est un moment de vérité. Je te demande de me faire part de ton choix dans les jours qui viennent, et d'en assumer toutes les conséquences pour l'avenir. ». C'est un remake étrange de « la valise ou le cercueil » de sinistre mémoire pour les rapatriés d'Algérie. La fermer ou être placardisé ! Si Martine Aubry pense les mots qu'elle à écrit alors elle doit se poser elle-même certaines questions. Interdire à un élu ou un militant d'avoir son propre libre arbitre ou de penser reste contraire à nos fondamentaux. Appliquer d'éventuelles sanctions à Manuel Valls à la seule raison qu'il s'exprime librement, c'est tuer purement et simplement ce qui reste de l'idéal socialiste !

Au regard du ton condescendant employé par Martine Aubry, je ne suis pas étonné qu'elle soit soutenue par les tontons flingueurs, gardiens du dogme socialiste, qui ont conduit aujourd'hui l'un des parti politique majeur de notre pays à être déserté par les électeurs.

Martine Aubry a tenu à rappeler le formidable travail engagé lors du séminaire de Marcoussis début juillet. Ayant participé à la réflexion en envoyant un texte très personnel, je ne peux que m'en réjouir. Je regrette simplement que même cet événement là soit passé inaperçu et qu'aucun compte rendu n'ai été communiqué.

Restant un inconditionnel de la pensée des Pères fondateurs du socialisme comme Jean-Jaurès ou Léon Blum, je digère mal que leurs descendants n'en soient pas les dignes héritiers et qu'ils décident aujourd'hui d'appliquer la Loi du Talion.

Soutenir les propos de Martine Aubry c'est renoncer et se résigner. Manuel Valls appelle à une insurrection militante, donc une fois de plus, je me range du côté des insurgés pour tenter de sauver ce qui peut encore l'être au Parti Socialiste.

Régis Sada

 

Pourquoi Martine Aubry a écrit à Manuel Valls ?

Lettre de Martine Aubry à Manuel Valls

« Cher Manuel,

Notre Parti a besoin de chacun des socialistes pour contribuer à son redressement après des années difficiles ponctuées par trois échecs à la présidentielle et un Congrès de Reims difficile qui a laissé une image déplorable de notre parti.

Au congrès, les militants nous ont demandé avec force de jouer notre rôle de principal parti d'opposition, c'est-à-dire de dénoncer ce qui nous apparaît injuste, ou inefficace, et de proposer une alternative qu'attend aujourd'hui notre pays. Ils nous ont aussi demandé de nous réunir et de parler d'une même voix.

Depuis cette date, et personne ne le conteste, le parti s'est remis au travail, s'est ouvert sur la société et a su porter des propositions fortes. Nos parlementaires mènent depuis plusieurs mois un travail coordonné et tout à fait remarquable.

Par ailleurs, j'ai mis toute mon énergie à rassembler les diverses sensibilités dans le respect de la ligne politique définie par le Congrès de Reims, aujourd'hui présentes dans la direction. Je suis d'ailleurs heureuse des relations de confiance qui me permettent de débattre en toute sérénité avec Ségolène Royal.

A la suite des élections européennes, nous avons défini notre feuille de route, en nous attelant à deux tâches essentielles : la préparation du projet et le rassemblement de la Gauche.

Le séminaire de Marcoussis a constitué le coup d'envoi de ce travail collectif. Chacun a reconnu la qualité du débat qui nous a rassemblés.

Par ailleurs, après de nombreux contacts avec nos partenaires de la gauche, j'ai écrit à chacun d'entre eux pour engager une nouvelle démarche de rassemblement, fondée sur les idées comme sur la stratégie politique.

Force est de constater que ce travail collectif pour moderniser nos idées est contrarié chaque jour par la cacophonie d'expressions isolées -d'ailleurs le plus souvent contradictoires-, et par des initiatives solitaires prenant le contrepied des positions de notre Parti.

S'engager dans un Parti, c'est un acte d'adhésion à des valeurs et des pratiques communes, mais c'est aussi - qui plus est dans un parti démocratique comme le nôtre-, accepter de débattre en son sein, d'y apporter ses idées et ses réflexions, et lorsque la décision est prise de la respecter et la porter dans l'opinion.

On ne peut utiliser un Parti pour obtenir des mandats et des succès, en s'appuyant sur la force et la légitimité d'une organisation collective, et s'en affranchir pour exister dans les médias à des fins de promotion personnelle. On n'appartient pas à un Parti pour s'en servir mais pour le servir. Les militants et même les français exigent de nous du travail, du courage et des idées.

Il n'y a pas un jour, mon cher Manuel, où tu n'expliques aux médias que notre parti est en crise profonde, qu'il va disparaître et qu'il ne mérite pas de se redresser. Paradoxalement, tu t'appuies sur nos règles collectives pour appeler à « l'insurrection militante ».

Les militants, eux, ont un souhait, c'est que tu mettes ton intelligence et ton engagement au service du Parti et donc des Français. Tes propos, loin d'apporter une solution, portent atteinte à tous les militants et à tous les dirigeants, qui aujourd'hui travaillent à retrouver la confiance avec nos concitoyens.

Tu donnes l'impression d'attendre, voire d'espérer la fin du Parti Socialiste.

Mon cher Manuel, s'il s'agit pour toi de tirer la sonnette d'alarme par rapport à un Parti auquel tu tiens, alors tu dois cesser ces propos publics et apporter en notre sein tes idées et ton engagement. Si les propos que tu exprimes, reflètent profondément ta pensée, alors tu dois en tirer pleinement les conséquences et quitter le Parti Socialiste.

Je ne peux, en tant que première secrétaire, accepter qu'il soit porté atteinte au travail que nous avons le devoir de réaliser. La discipline n'est pas la police des idées, mais la condition de la cohésion et de la réussite d'une équipe.

C'est un moment de vérité. Je te demande de me faire part de ton choix dans les jours qui viennent, et d'en assumer toutes les conséquences pour l'avenir.

Avec toute mon amitié.

Martine AUBRY »

 

15:29 Publié dans Décoder la politique ? | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : politique, ps, martine aubry, manuel valls, gauche | |  Facebook

29 juin 2009

Pourquoi Manuel Valls est candidat à la candidature pour la présidentielle de 2012 ?

Manuel Valls candidat à la présidentielle de 2012 - Nouvel Obs
Manuel Valls s'est déclaré candidat pour la présidentielle de 2012 sur Europe 1... (PLUS D'INFO SUR TELEOBS.COM)

 

"Il faut des idées neuves portées par des équipes, des hommes et des femmes neuves"

"Le rôle de la gauche, c'est d'apaiser, de faire en sorte que les gens se reparlent, se réconcilient alors que la droite et Nicolas Sarkozy sont en train de faire en sorte que la société française soit plus dure"

Manuel Valls - Europe 1 - 29/06/2009

 

24 mars 2009

Pourquoi le printemps des libertés rend Manuel Valls mélancolique ?

 

manuel valls.jpg

« Printemps des libertés : Préférer l’éthique à l’épique » c’est le titre du texte qu’a fait paraitre le Député-maire PS d’Evry Manuel Valls sur son blog samedi dernier, au moment où le Parti Socialiste tenait son meeting sur le même thème demi-teinte au Zénith de Paris devant une salle de 1.500 militants contre 3.000 espérés.

Cette réunion beaucoup commentée et largement comparée à celle tenue quelques mois plus tôt par Ségolène Royal, était la suite annoncée d’un ouvrage édité par le Parti Socialiste « La France en libertés surveillées – la République en danger » qui dresse un constat acide des actions menées par Nicolas Sarkozy depuis son arrivée à l’Elysée.

Manuel Valls exprime son sentiment sur cet ouvrage en refusant – une fois de plus – que le PS sombre selon ses propres termes dans le « gauchisme infantile ou l’anti-sarkozysme obsessionnel ». Il prend également clairement position contre certaines décisions liées à la future loi pénale, à la politique d’immigration, l’approche managériale des débats du Parlement ou encore le faux choix entre la liberté et la sécurité. Toutefois, il nuance l’éventuel mouvement de régression des droits ou un quelconque risque d’étouffement des contre-pouvoirs reprochés au Président de la République par le PS.

Selon Manuel Valls, cette croisade menée contre Nicolas Sarkozy est l’arbre qui cache la forêt d’une opposition qui peine à se reconstruire et qui souffre de ses défaites répétées aux différents scrutins nationaux. Depuis la parution de ce texte, le Députée de l’Essonne reçoit de chaleureux encouragements (plutôt à droite) et de sévères remontrances (plutôt à gauche). Un texte aussi commenté est déjà en soi une forme de réussite.

En socialiste-libéral revendiqué je ne joindrais pas ma voix à certains de ses détracteurs qui n’ont pour seul argument à opposer à Manuel Valls son adoration pour Nicolas Sarkozy ou sa dérive droitière. Certaines de ses thèses viennent appuyer le texte que j’ai écrit en 2005 dans un ouvrage commun « Pour une République de droits et de devoirs ».

Oui, le Parti Socialiste (et la gauche en général), ne peut plus se payer le luxe d’un repli identitaire qui l’amènera à siéger dans l’opposition pour les vingt prochaines années. Les français attendent plus que de vagues incantations et de permanentes dénonciations. Ils sont devenus exigeants et beaucoup aspirent voir l’émergence d’un PS aussi audacieux que celui qui a conduit François Mitterrand aux portes de l’Elysée en 1981.

Cette audace érigée en forme de courage politique, lui permettrait sans doute d’être mieux « armé » pour endiguer l’inflation d’Olivier Besançenot et du NPA au sein de ce peuple de gauche perdu au milieu d’un océan de désillusions passées et d’espérances futures.

Oui, Manuel Valls a raison d’encourager les socialistes à repenser les réponses qu’ils souhaitent apporter aux français sans tomber dans une bataille de clichés souvent passéistes ou en niant certaines évolutions de la société. Il est à ce jour l’un des rares responsables au niveau national à s’élever contre la pensée socialiste unique qui a fini par ravager tant les esprits de ses militants que le Parti lui-même.

Mais dans le même temps, Manuel Valls ne doit pas sous-estimer tout le « mal » que Nicolas Sarkozy fait à la France lorsqu’il fait adopter des mesures mal ficelées pour répondre à l’émotion du moment où lorsque certaines de ses postures font rejaillir des débats d’un autre temps qui jettent les français du haut contre ceux du bas.

La vision tout sécuritaire, des propos à l’emporte pièce, des positions parfois litigieuses vis-à-vis d’une laïcité pourtant revendiquée, un déballage malsain de richesses camouflées (le style bling-bling) ou le retour souhaité à un ordre moral tant au niveau culturel qu’à celui des media, ne sont pas des signaux positifs à envoyer à un Peuple qui souhaite voir des réformes à engager par nécessité, mais qui aspire avant tout à être respecté par celui qui a été élu pour incarner le juste équilibre entre tradition et modernité.

Le PS a sans doute volontairement noirci le trait de certains points dans son ouvrage sur les libertés, se renvoyant ainsi le reflet de certaines de ses erreurs passées. Nicolas Sarkozy ne peut être tenu responsable de tous les maux dont la France souffre aujourd’hui, mais je doute du caractère bénéfique du fait de tout accepter, de dire Amen à toutes les décisions ou à considérer que les français payent, au final, le juste prix des réformes non engagées dans le passé.

Le Zénith du PS est un joujou politicien trop intellectuel et mal pensé. Son échec est le résultat d’une chronique annoncée. En pleine crise mondiale et au moment où les français sont confrontés à un nouvel épisode de chômage de masse, seules les considérations liées à la consommation et au sauvetage des emplois trouvent un écho favorable.

Les libertés sont certes grignotées mais ne sont pas en danger. Elles sont à l’image d’une politique du moment. D’autres moments plus favorables viendront. Nicolas Sarkozy procède à des tests sans jamais aller complètement au fond des choses. Non par renoncement, mais en ayant conscience que la France de mai 2007 n’est plus celle de 2009, et que dans un période aussi trouble les français sont capables de bien des révolutions…

Régis Sada

16:38 Publié dans Décoder la politique ? | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : politique, ps, manuel valls, ump, sarkozy, libertés | |  Facebook