29 juin 2009
Pourquoi Martine Aubry a écrit aux militants socialistes ?

Comme tous les militants du Parti Socialiste, j'ai reçu la semaine dernière la lettre de la Première Secrétaire Martine Aubry, datée du 19 juin 2009, consécutive au résultat très préoccupant obtenu par le PS lors des dernières élections européennes.
Le début de ce courrier débute par un constat sans équivoque : « le résultat du scrutin du 7 juin a été un échec pour notre parti » suivi par : « je connais le découragement voire la colère de certains d'entre-nous après nos échecs successifs aux élections présidentielles et législatives que n'ont pas fait oublier nos succès locaux ».
Je ne cache pas ma surprise du ton général employé dans ce courrier. Ce dernier est volontairement dramatique et tranche avec la rengaine servie de longue date par l'establishment du je vais bien tout va bien habituellement servi comme plat de résistance aux militants.
Nous ne sommes pas ici dans la câlino-thérapie utilisée pour calmer les voix discordantes ou les éléments agités. Ce courrier peux presque être considéré comme une thérapie de choc lorsque l'on peut lire que le PS à travers la social-démocratie qu'il entend incarner a, comme partout ailleurs en Europe, faibli sur ses valeurs et été dans l'incapacité de renouveler ses réponses !
Martine Aubry semble avoir entendu les griefs, mais surtout les attentes immenses, que les français ont souhaité exprimer à travers leur vote de défiance vis-à-vis du PS en apportant beaucoup de voix à la liste Europe Ecologie. Je lui concède la valeur de cette analyse lorsqu'elle écrit vouloir rebâtir le lien de confiance, souhaiter une rénovation du PS au-delà du simple replâtrage en changeant les pratiques et refondant tant le projet lui-même que le Parti Socialiste.
Par la voix de sa Première Secrétaire, les dirigeants du PS ont semble-t-il compris la nécessité d'orienter le discours sur le principe que notre modèle de société dans son entier doit être refondé. C'est une preuve supplémentaire que le PS est resté trop longtemps enfermé dans ses certitudes et qu'il n'avait saisi le besoin de construire un projet qui ne base pas sa rhétorique sur de simples constatations, de vagues incantations, mais qui dresse une liste détaillée d'un traitement de choc à appliquer pour se séparer de ce qui ne fonctionne plus au profit de réponses adaptées à la réalité vécue par les français. Cette réalité semble s'acheminer vers la doctrine nouvelle de « société du bien-être ».
Martine Aubry évoque l'ébauche des nouvelles questions qui se posent : nécessité d'accumuler des biens, construction d'un système innovant assurant l'emploi et une juste répartition des richesses, création de nouveaux services pour garantir la qualité de vie, conditions de travail et de respect de la planète dans une société tournée vers le numérique. Une révolution de la sémantique qui fait du bien aux oreilles....
Le point qui m'a sans doute le plus rassuré, c'est cette nécessité enfin assumée à gauche et au PS en particulier de se poser la question suivante : « Comment faire vivre la France, ses valeurs, son identité, sa laïcité et son pacte républicain et mieux assumer notre diversité ? » ! Ici c'est une adhésion pleine et entière après des années noires où le PS a continué d'évoquer honteusement la question de « l'intégration » alors qu'il avait lui-même initié une loi -contrastée certes- mais qui donnait une primauté du droit du sol à celui du sang, et qui avait lâchement abandonné certains symboles à la droite voire à l'extrême droite notamment ceux de l'identité et de la défense de nos valeurs républicaines.
En relisant le cheminement politique et Parlementaire qui a conduit à l'élaboration de la loi dite de séparation des Eglises et de l'Etat en 1905, personne ne peux oublier, personne ne doit oublier que la gauche dans toute sa diversité, a été et est au cœur de ce que la République incarne. Si la gauche récente a connu autant de déconvenues électorales c'est aussi car elle a oublié les fondements mêmes de ce qui la caractérisait à ses débuts. Elle a transigé dans ses valeurs, elle a renoncé à ses devoirs, elle a failli à la parole donnée. La gauche s'est donc repliée sur elle-même et elle a perdu toute crédibilité aux yeux de siens en les faisant douter.
Le courrier de Martine Aubry ne se contente de jouer sur la sémantique en mettant à niveau son logiciel jugé désuet, il replace également l'appareil PS face à ses propres responsabilités en évoquant l'arrogance qui a été la sienne dans sa volonté d'hégémonie suicidaire d'une gauche aujourd'hui morcelée. Oui, le rassemblement de toutes les gauches est possible sur la base d'une Maison commune de toute la gauche qu'elle appelle de ses vœux. Une Maison qui accouche d'un projet commun et d'une stratégie commune pour 2012. Une Maison qui regroupe toutes celles et tous ceux qui pensent la voie empruntée par l'UMP et Nicolas Sarkozy n'est pas la meilleure en se bornant simplement à la critiquer sans proposer une alternative crédible et audible.
La question de primaires ouvertes pour la désignation d'un candidat commun à toute la gauche est également posée. J'ai signé l'appel de Pierre Moscovici qui va dans ce sens. Le PS ne peux pas, le PS ne doit pas sous peine de disparaitre, resté cloisonné et enfermé dans une décision qui n'appartient plus aux seuls militants du parti. Cette question appelle également la question du renouvellement des têtes du Parti Socialiste et du mode de désignation de ses candidats qui sont aujourd'hui malheureusement, le fruit de combines et d'ententes préalables entre motions et baronnies locales. La redéfinition des alliances électorales devront également être synonyme de renouvellement et d'ouverture actées sur des considérations locales et non nationales.
Avec l'annonce de la candidature de Manuel Valls ce matin pour les élections présidentielles de 2012, il semble qu'une nouvelle génération ne souhaite plus laisser le parti aux mains de ceux qui l'ont accaparé et donc détourné de celles et ceux à qui celui-ci était destiné. Un PS qui parle à tous les français c'est presque une surprise...
15:38 Publié dans Décoder la politique ? | Lien permanent | Envoyer cette note
| Tags : politique, ps, martineaubry, ump, modem, primaires, gauche, militant |
|
Facebook
10 juin 2009
Pourquoi Manuel Valls appelle les socialistes à se débaptiser ?

Invité politique de Laurent Bazin sur la matinale de I-Télé, le député-maire d'Evry Manuel Valls a lancé un appel qui ne manquera pas de faire grincer de nombreuses dents au lendemain de la réunion du Bureau National du Parti Socialiste convoqué à la suite des élections européennes, et qui a vu le parti culminer à 16,48 % des voix.
En effet, après avoir jugé dès dimanche soir que le Parti Socialiste parlait une langue morte et qu'il était clairement en voie de disparition sans un sursaut salutaire, Manuel Valls a complété sa pensée ce matin en appelant les socialistes à changer le nom du parti estimant que le mot socialiste « ne veux plus rien dire ».
Sans aller jusque là, il est rejoint par quelques fines lames du PS comme Jean-Christophe Cambadélis, Aurélie Filippeti, Pierre Moscovici ou Arnaud Montebourg, qui sont largement restés sur leur faim après que Martine Aubry ai souhaité que le PS se donne six mois pour que la rénovation du parti soit effective et que les élections régionales de mars 2010 ne sonnent pas le glas définitif d'un Parti Socialiste tenu en état de survie idéologique.
Le député-maire d'Evry estime qu'il est « minuit moins le quart avant la mort clinique du Parti Socialiste », que « nous sommes menacés de mort » et qu'il faut « changer totalement la direction du Parti socialiste, confier à cinq-six personnes trois-quatre chantiers pour que dans les trois ou six mois nous ne réfléchissions pas seulement mais nous tranchions les problèmes ».
Que penser de cette position qui a le mérite d'être franche ?
Sur le mot socialiste ne veut plus rien dire
J'avoue trouver cette affirmation un peu au-dessus la vérité sans toutefois la contredire totalement. Explication : le terme seul de socialiste me parait bien mal adapté aux enjeux de la société actuelle. C'est sans doute pour cette raison que j'ai choisi depuis longtemps de l'associer au mot libéral, dans le sens d'un socialisme qui répond à la réalité d'une économie mondialisée mais qui entend maitriser (et non contrôler à outrance) les débordements d'un libéralisme effréné.
Défenseur du fait que le PS doit tenir un langage de vérité et d'action sans se réfugier derrière les prétextes d'un dogme aujourd'hui poussiéreux, j'ai souvent subi les foudres -voir les injures- de certains de mes camarades de la section de Puteaux qui n'ont pas hésité à me traiter de « social-traitre » ou d'homme de droite (pour la version allégée).
Il est vrai qu'à la différence de certains, je n'ai jamais cherché à savoir si j'étais de gauche.....car moi, je sais pourquoi je ne suis pas de droite !
La lecture récente du document biographique sur Jean-Jaurès de Jean-Pierre Rioux paru dans la collection Tempus, a suffi à m'ôter tout doute sur mon engagement socialiste.
Le combat mené par le député de Carmaux au début du siècle dernier n'a jamais été autant d'actualité. La période actuelle est terriblement socialiste si l'on adapte les réalités vécues il y a cent ans à celles d'aujourd'hui.
Si Manuel Valls appelle ses camarades à se débaptiser sans détours, c'est aussi peut-être à cause que de nombreux militants du PS actuel n'ont jamais pris le soin de connaitre l'héritage de Jean-Jaurès, père du socialisme, et donc demeurent incapables d'adapter leur pensée aux besoins de celles et ceux que nous entendons représenter.
Sur la chronique de la mort annoncée du PS
Arlésienne de la vie politique depuis 2002. Le PS est-t-il en danger de mort ? Oui sans doute. Oui, car le PS n'a pas su renouveler ses têtes et pire, sa pensée. Mais au fond, ce n'est pas ce que représente le PS qui est mort, c'est le parti en lui-même.
Longtemps les militants du PS et bien au-delà, les sympathisants de gauche, se sont amusé des déboires d'une droite revancharde et ringarde. Les années Mitterrand (surtout le deuxième septennat) ont été fatales au discours socialiste et à son appareil.
Les dirigeants -toujours les mêmes d'ailleurs- se sont endormis sur leurs lauriers en pensant que l'élection de Jacques Chirac allais dans le sens de l'Histoire et que les français répondraient très rapidement aux sirènes PS. Enfermés dans cette option, les législatives de 1997 et la victoire de la gauche plurielle emmenée par Lionel Jospin ont répondu à cette vérité écrite.
Depuis cette date, le PS a oublié de réfléchir !
Sur le changement de direction à la tête du PS
Changer la direction. Pourquoi pas. La logique veut effectivement qu'une direction cède sa place après une lourde défaite comme celle vécue dimanche dernier. Sauf que Martine Aubry a été choisie par les militants et que les statuts ne permettent plus un renversement de la direction par les militants.
Malgré les efforts de renouvellement ou de rajeunissement des têtes à la Direction, c'est bien une question de méthode générale et de mode de fonctionnement à l'intérieur du parti qui pose problème.
Comment expliquer que les Fédérations soient « tenues » par les barons locaux et que la sélection des nouveaux talents ne se fait plus à la base mais au sommet même du parti ? Le PS d'avant a permis l'ascension de ses jeunes pousses....aujourd'hui il les recrute au sein d'un cercle fermé et interdit aux petits militants. Si le parti majoritaire de la gauche n'assure pas la promotion sociale, devrons-nous compter sur l'UMP pour le faire ?
Sur le fait de trancher les problèmes
Pour répondre à cela, il suffit de reprendre un slogan de la CFDT Michelin utilisé dans les années 90 : « on ne fait pas tourner la roue du progrès avec les idées du passé » ! Ajoutez à cela un homme de Cro-Magnon et vous comprendrez pourquoi le PS est en panne !
Oui, sans doute que si le PS a du mal à se faire entendre c'est avant tout car il demeure incapable aujourd'hui de présenter des positions clairement définies et tranchées.
Prenons juste pour exemple le cas du changement des institutions, des droits accordés aux homosexuels, l'entrée de la Turquie en Europe ou les droits des salariés des PME. Sur les institutions : le PS attend d'être minoritaire pour dire son souhait d'en changer. Sur les droits des gays et des lesbiennes : le PS sèche le premier vote sur le PACS et de nombreux barons locaux s'interdisent tout mariage entre personne de même sexe. Sur l'entrée de la Turquie en Europe : si vous connaissez la position exacte du PS, faites signe. Enfin, dans le discours et les écrits du PS, les salariés des PME sont invisibles face à leurs amis fonctionnaires ou salariés des grandes entreprises.....
Le Bureau National de ce mardi n'a pas fait exception : au vote sanction des français, le PS a choisi de ne répondre.....que dans six mois ! Cette valse permanente des hésitations et des non réponses demeure un appel à l'abstention ou à un vote différent.
Maintenant, Manuel Valls a-t-il raison d'aller si loin dans ses propos : sans aucun doute oui ! C'est malheureusement souvent en osant aller à contre courant de la pensée unique que l'on draine derrière soi les espoirs de ceux qui ne veulent plus simplement attendre.
Comme beaucoup d'autres, je ne souhaite plus « attendre » une hypothétique rénovation du PS. Sans doute car comme bon nombre de militants et de français....j'en ai assez d'être dans le cas des perdants !
18:43 Publié dans Décoder la politique ? | Lien permanent | Envoyer cette note
| Tags : politique, ps, ump, modem, manuelvalls, martineaubry, renovation, socialisme |
|
Facebook






