05 mars 2012

Pourquoi la bataille de St-Julien-sur-Suran ?

 

france_prison_experimentale_st_julien_sur_suran_jura_justice_pierre_botton.jpg

Connaissez-vous St-Julien-sur-Suran ? Sauf si vous êtes originaire du Jura, personne ne vous reprochera ne pas connaître cette commune de 400 habitants à peine, qui a pour seules particularités une fontaine restaurée et une église au vitrail classé.

Cette commune, aussi petite soit-elle, vit pourtant une bataille qui dépasse de loin la simple querelle de clocher. Une bataille qui divise sa population qui sera appelée à se prononcer par référendum municipal sur l’ouverture éventuelle de lapremière prison expérimentale du territoire.

Bien que quelques tests soient actuellement menés dans certains établissements pénitentiaires (sur la semi-détention ou les unités de vie familiale), aucun n’atteint le niveau d’aboutissement du projet que le Ministère de la Justice souhaite implanter à St-Julien-sur-Suran.

Cette implantation prévue pour 2014, s’est faite à partir de la proposition des Prisons du Cœur de Pierre Botton. Dans le cadre de la lutte contre la récidive, cette prison pilote permettrait à 120 détenus condamnés pour des peines inférieures à 5 ans (hors crimes sexuels et crimes de sang), de bénéficier d’un cadre de détention ouvert et axé sur la responsabilisation et la réinsertion par le travail.

Les détenus pourraient travailler dans un centre commercial adjacent ou dans l’établissement lui-même, pour des salaires « identiques à ceux de la vie normale » (NDRL : le smic en prison est inférieur de moitié au national). Ils disposeraient en outre de cellules individuelles sans barreaux dont ils auraient la clé. Dépourvu de quartier disciplinaire, l’établissement serait simplement entouré d’une double paroi grillagée.

Ce projet de « prison modèle » ou « expérimentale », pourtant révolutionnaire, n’a guère bénéficié de gros titres dans la presse, et n’a pas été vanté par l’équipe du président-candidat Nicolas Sarkozy au moment où les députés de la majorité ont voté la création de 24.000 places de prison supplémentaires dans les 5 ans à venir censées résorber le nombre de peines non exécutées !

Fort du soutien d’une moitié de sa population, le Maire de St-Julien-sur-Suran est un ardent défenseur du projet et tente de convaincre ses autres administrés de la validité de celui-ci. Le 11 mars prochain, les habitants trancheront par la voie d’un référendum municipal qui restera, dans tous les cas, purement consultatif.

Jusqu’à cette date, il devra venir à bout des réticences des « voisins »  de la prison qui, pour certains, ne voient pas d’un bon œil l’arrivée massive d’une « faune » suivie de la « meute » des copains venant les alimenter en drogue, quant d’autres, n’entendent pas être privés de leur petit paradis qu’ils sont venus chercher ici ! Ces derniers sont soutenus les syndicats des personnels ou des directeurs pénitenciers, ainsi que par quelques élus de communes adjacentes, agacés de ne pas avoir été consultés sur le sujet.

Le projet de Pierre Botton ressemble à s'y méprendre à la prison de l’île norvégienne de Bastoy, qui revendique le titre de première prison humaniste et écologique du monde à la sécurité minimale et au haut niveau des responsabilisation des personnes qui y sont détenues.

Souvenez-vous de la sanglante croisade de Behring Breivik, dans un Royaume meurtri, contraint de reconnaître l'impuissance de ses procédures pénales à juger une forme de violence jamais atteinte à ce jour. Si à l'image de la Norvège, les démocraties scandinaves se sont depuis longtemps tournées vers une prison qui mise sur l'éducation et la réinsertion, elles ont dans le même temps veillé à informer leurs populations en usant de leur transparence toute coutumière.

A l'échelle de notre pays, la prison expérimentale de St-Julien-sur-Suran s'apparente donc à cette prison idéale. Mais la France n'est pas la Norvège, et le regard que les citoyens norvégiens portent sur l'enfermement n'est en aucun cas comparable à celui de nos compatriotes. Il y a fort à parier que cette structure ne verra jamais le jour sous la pression d'une population hostile et du lobbying du tout carcéral. Elle est bien trop révolutionnaire et bien trop avant-gardiste.

 

france_prison_justice_cap_ou_pas cap.jpg

Incapables de trouver des formes alternatives à l'incarcération et de solutionner des conditions de détention jugées incompatibles avec la dignité humaine, il serait très étonnant que nous soyons en mesure de franchir le seuil psychologique de la barrière d'un « enfermement ouvert ».

Dans un pays comme le notre, fâché avec la concertation, la mise en chantier d'un tel projet nous renvoi à nos propres incohérences lorsqu'il s'agit d'aborder le douloureux problème de nos prisons. L'incapacité du législateur à définir le rôle premier de l'enfermement, le recours systématique à un échange convenu limité au Ministère de la Justice et à l'Administration Pénitentiaire (excluant les associations favorables aux détenus ou aux Droits de l'Homme) ou l'omerta volontaire entretenue auprès de nos compatriotes, aboutissent à un débat fermé, stérile, où les montagnes accouchent toujours d'une souris !

Comment y voir clair dans le jeu trouble joué par la France ? D'un côté on souhaite créer une structure moderne où les détenus jouiront d'une très grande liberté alors qu'au même moment, on renforce notre législation dans les structures existantes au gré des différents faits-divers et que nous restons sourd aux recommandations de divers organismes internationaux qui nous somment de nous mettre en conformité avec les RPE que nous nous entêtons à négliger.

Enfin, et c'est sans doute le plus important, de la même manière qu'aucune politique viable ne peut-être pensée sans que la population y trouve quelque bénéfice ou nécessité, comment imaginer transformer demain le rôle de nos prisons sans que celle-ci n'y soit directement associée ? Les français ont le droit de connaître l'état exact de nos prisons, l'utilité d'un enfermement, comment sont traités nos détenus et la manière par laquelle on compte demain réinsérer dans la société les personnes qui en sont jugées capables.

Pour y parvenir : il est nécessaire que des observateurs et des journalistes indépendants puissent y pénétrer sans l'intervention balisée de l'Administration Pénitentiaire, que nos Parlementaires usent avec beaucoup plus de régularité de leur droit constitutionnel à la visite des lieux de privation de liberté, que des réunions d'informations soient programmées afin d'associer la population aux évolutions possibles de notre législation et que notre Justice soit laissée libre et placée hors de portée de toute influence du pouvoir en place.

L'occasion de la campagne présidentielle est trop belle pour laisser les candidats écarter toutes ces questions. Mesdames, messieurs, le moment de vous interpeller serait-il arrivé ?...

A la manière de Claire France : « Qui se connaît une prison connaît aussi la liberté » .

31 août 2011

Pourquoi le miracle norvégien ?

norway_hjärtflagga_norge_wilkommen.jpg

L’attaque sanglante et meurtrière du 22 juillet dernier perpétrée par le psychopathe Anders Behring Breivik, a tristement placé la Norvège sous le feu des projecteurs du monde entier. Ce royaume nordique surprenant qui n’a rien à envier aux pétromonarchies du Moyen-Orient, cultivait jalousement jusqu’alors sa singularité en toute sagesse aux portes de l’Europe.    

Membre du Conseil de l’Europe, membre fondateur de l’OTAN, membre de l’espace économique européen et de l’espace Shengen, les norvégiens ont refusé par deux fois de rejoindre l’Union Européenne à l’inverse de ses voisins et amis scandinaves.

La Norvège vue de France apparait comme une grande inconnue à l’exception notable des exemples de son modèle de société repris ici ou là au gré de nos campagnes électorales ou bien encore, de son emblème le plus visible de par chez nous à travers la truculente Eva Joly, franco-norvégienne, qui bien qu’attaquée par François Fillon sur son manque de connaissance de l’Histoire française revendique ne pas descendre de son drakkar.

Son modèle de société justement, c’est bien ce dernier qui était directement visé lors de ces évènements. Une société en paix, nobélisée de paix où la social-démocratie partage le trône souverain de son Roi Harald V. Une société qui enseigne et applique concrètement à son Peuple les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. Une société qui prône le respect et la tolérance. Une société axée sur la confiance, où la police est quasiment invisible et qui pourtant répond aux sirènes du populisme et du nationalisme en accordant le quart de ses voix au parti d’extrême-droite du Progrès.

Etrange société norvégienne qui fait baver bon nombre de français qui se prennent à rêver d’appliquer la miraculeuse formule à notre propre société. Certains tenteront de vagues comparaisons mais buteront rapidement sur l’impossibilité d’une telle éventualité. Les gaulois ne sont pas des vikings. La France partage les valeurs morales de la Norvège, mais crois certainement bien plus dans son patrimoine et son Histoire que dans la possibilité de son Peuple à s’autogérer.

Le drame vécu en Norvège devait sonner le glas de ce miracle et de cet Etat-Providence. Admiratifs du calme et du flegme adoptés par les norvégiens au lendemain de ces attentats, même frappés au cœur le miracle continue ! Le Premier ministre norvégien assène la riposte de son Peuple à l’intolérance : « la seule réponse est plus de démocratie, plus d’ouverture » ! 

A la manière d’Albert Einstein : « Il n'y a que deux façons de vivre sa vie : l'une en faisant comme si rien n'était un miracle, l'autre en faisant comme si tout était un miracle ».

10:00 Publié dans Journal d'Europe ? | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : europe, norvège, société, breivik, eva joly, drakkar, norge, france, norway | |  Facebook

29 juillet 2011

Pourquoi le retour vers le passé ?

back_to_the_past_extreme_droite_france_europe.jpg

Le drame survenu en Norvège a pris de court toute l’Europe. A un point tel qu’il est surprenant de constater qu’une fois le bilan des victimes connu, le profil psychologique de l’assassin déterminé et ses motivations évoquées, le seul enseignement tiré par les différents commentateurs de cette tuerie est une résurgence de l’extrême-droite et des idées fascisantes.

S’il fallait en rire, nous pourrions réutiliser un slogan dépassé de La Poste : « pour une nouvelle, c’est une bonne nouvelle ! ».

Un panorama rapide des résultats électoraux de ces dernières années, obtenus par des partis d’extrême-droite en Europe suffit pour s’en convaincre :

Autriche : FPO/BZO = 29% des voix aux législatives de 2008. Belgique : Vlaams Belang = 11,9 % des voix aux législatives de 2007. Danemark : 13,2% des voix aux législatives de 2007. France : FN = 11,4% des voix aux régionales de 2010. Finlande : 19,1% des voix aux législatives de 2011. Norvège : FrP = 23% des voix aux législatives de 2009.

En France, le Front National n’a jamais cessé de progresser depuis le début des années 80. Si le suffrage universel uninominal à deux tours lui a empêché de retrouver les travées de l’Assemblée nationale, les dernières élections cantonales de mars 2011 ont montré qu’il parvenait désormais facilement à supplanter l’UMP pour le deuxième tour.

Ces dernières années, certains se sont contenter de juger le président Nicolas Sarkozy et l’UMP comme responsables d’un climat favorable au Front National en lançant des sujets comme celui de l’identité nationale, la chasse aux Roms ou la lutte contre l’immigration clandestine. Si ce sentiment n’est pas erroné sur la forme, il n’en demeure pas moins insuffisant sur le fond.

Comme je l’écrivais déjà en décembre 2009, les français « de souche » ont retrouvé leur identité. Mais l’avaient-ils réellement perdue avant l’arrivée de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République ? 2002 reste une année noire et les débats récurrents sur l’islam ou sur un antisémitisme latent dans notre pays ne nous ont jamais fait défaut.

La vérité c’est accepter de dire haut et fort que la France n’est pas la mieux placée lorsqu’il s’agit d’évoquer les questions de discriminations, de racisme ou d’actes d’intolérance. Elle paye son passé colonialiste et sa difficulté à assimiler la diversité de toutes les populations venues s’installer sur son territoire dans les années 60. 

La parole n’a jamais été aussi libérée qu’aujourd’hui, tous les excès sont autorisés et sont rarement sanctionnés. Les écarts de langage de certains responsables politiques ou intellectuels sont laissés à l’appréciation des français sans qu’aucune réponse appropriée et contradictoire ne soit apportée. La France à renoncer depuis longtemps à son devoir d’information et d’éducation.

La France entretient donc les clichés et utilise des formes nouvelles de stigmatisation pour justifier de certaines erreurs d’appréciation de son modèle économique et social. Elle renie son propre devoir de responsabilité.

Non, la résurgence des idées de l’extrême-droite et fascisantes n’est pas une nouvelle ni en Europe, ni en France. Comme un eczéma mal soigné, si ces idées refont surface plus fortement aujourd’hui, ce n’est ni la faute de la crise mondiale ou des attentats survenus en Norvège, c’est que ces idées n’ont tout simplement jamais disparues des esprits.

L’Histoire a toujours tenu une place importante en France. Dont acte. Que nos journalistes et nos chaines de télévisions fasse un travail d’historien cohérent en expliquant aux français pourquoi et comment le fascisme s’est propagé en Europe dans les années 30. Dans le même temps, qu’ils nous rappellent la triste période vécue par nos compatriotes durant les années de guerre lorsque la « Révolution Nationale » était portée aux nues par le Régime de Vichy.

Quelle que soit son origine ethnique, sa couleur de peau ou sa religion, les extrêmes ont abreuvés les imaginaires collectifs du rejet de l’étranger et de ce qui est différent. Renforcer l’instruction de nos enfants et l’éducation de tous, demeurent les seuls moyens efficaces pour préserver nos idéaux et contrer cette théorie malfaisante.

A la manière de Jonathan Swift : «  Comment peut-on espérer que des hommes acceptent des avis quand ils n'acceptent même pas des avertissements ? ».